Le début de la fin pour les boutiques de jeux vidéo?

Antoine Bordeleau - 13 Sep. 2019 15h32

On apprenait avant-hier que GameStop, la chaîne américaine à qui appartiennent les magasins EB Games au Canada, allait fermer jusqu‘à 200 magasins à travers le monde d’ici la fin de l’année. Est-ce que l’achat en ligne et les plateformes de streaming sont en train d’avoir raison du commerce au détail?

Le chiffre fait d’entrée de jeu sourciller. 200 magasins, ça peut sembler énorme. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que GameStop en possède un peu plus de 5800. On ne parle donc ici que de 3.44% de décroissance pour le géant de la distribution physique. «Bon, ce n’est qu’une toute petite part du gâteau», me direz-vous. Je le concède, mais attachez votre tuque. Cette mesure annoncée par l’entreprise arrive après qu’elle ait essuyé des pertes avoisinant les 32,5 millions de dollars au cours des trois derniers mois. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que cette vague de fermeture soit la dernière.

Screen Shot at PM
Ce graphique de Statista montre bien la perte de vitesse des ventes physiques dans les 10 dernières années.

Comme on le voit plus haut, le joueur moyen n’a plus envie de se déplacer et de s’encombrer d’un boîtier lorsqu’un nouveau jeu attrayant sort sur le marché. Moi le premier, je dois admettre ne pas avoir acheté de jeux neuf en version physique depuis des lunes. Ça doit remonter à presque deux ans. C’est là un symptôme de notre époque. Dans les autres industries culturelles, la même chose se produit. On écoute notre musique sur Spotify. On visionne nos films sur Netflix. On dématérialise de plus en plus notre consommation.

Un problème complexe

En plus de cette tendance vers le bas du consommateur à se rendre en magasin pour acheter ses jeux, les commerçants n’ont pas le loisir de compter sur des marges de profit substantielles. Le jeu neuf vaut cher. Si le détaillant parvient à aller chercher un peu moins d’une dizaine de balles par copie, c’est presque un miracle. C’est dans ce contexte difficile que doivent tenter de survivre des entreprises spécialisées comme GameStop.

Mais comment blâmer les gens d’aller vers la facilité et la modernité? Autrefois, pas le choix d’aller au Microplay du coin pour acheter le dernier Tekken. On peut désormais acheter le septième opus de la série directement de notre téléphone intelligent. On peut le télécharger tout en finissant un niveau de Dead Cells, le cul bien écrasé sur notre divan. C’est un luxe dont je ne pouvais même pas rêver, en 2001, quand j’ai premièrement mis la main sur un PS2 tout neuf.

Comme Amazon et les autres géants de ce monde ont cannibalisé le commerce local, qui peine aujourd’hui à garder la tête au-dessus de l’eau, la commodité est en train d’avoir raison du magasin de jeux neufs.

Sauver la planète, vraiment?

De plus, l’argument écologique vient brouiller les cartes encore plus. Effectivement, bien que l’on puisse s’imaginer que tous ces boîtiers en moins soient un plus pour la planète, la réalité est beaucoup plus complexe.

Les chiffres ne sont pas clair, et trouver une information précise sur le sujet n’est pas évident. Toutefois, une étude publiée en 2014 par le Journal of Industrial Technology affirmait que les téléchargements sont plus dommageable sur l’environnement que les copies physiques. Comment expliquer ça? Selon l’étude, les coûts environnementaux générés par la création et la maintenance des centres de données massifs dédiés au stockage et à la distribution des jeux sont plus grands que ceux générés par la distribution physique.

Le plus récent centre de données de Facebook, dans le cercle arctique.

Par contre, l’étude qui date déjà de 5 ans mentionne au passage qu’avec l’évolution des technologies de réseautage et de stockage, cette empreinte carbone serait appelée à diminu