Hershel Wilk n’a rien d’une espionne de cinéma. Elle arrive à Portofiro les mains qui tremblent, la mémoire pleine de trous et un dossier qu’elle préférerait brûler.
Disponible depuis ce 3 novembre 2026 sur console, le test de Zero Parades sur PS5 s’imposait. Sorti le 21 mai sur PC, le nouveau jeu de ZA/UM débarque sur la machine de Sony directement dans sa version Director’s Cut, avec du contenu inédit et des fonctions propres à la console.
Une histoire d’espionnage portée par une héroïne en morceaux
Le point de départ est simple, et c’est justement ce qui fonctionne. Hershel, nom de code CASCADE, revient à Portofiro cinq ans après une mission ratée qui l’a fait placer au « Freezer » par ses supérieurs, pour une mission spéciale assortie d’une promesse d’absolution. Elle travaille comme opérante pour le Superbloc communiste, et son retour ressemble moins à une mission qu’à une confrontation avec ses propres erreurs.
Dès les premières minutes, le jeu installe son ton. Pas de fusillade spectaculaire ni de course-poursuite, mais des conversations tendues, des regards qu’il faut savoir lire et des alliés d’hier qui ne vous attendent plus. L’espionnage est ici un travail d’usure, et le jeu ne cherche jamais à le rendre glamour.
Portofiro, une ville qui raconte autant que ses habitants

En outre, Portofiro est sans doute la plus belle réussite artistique du jeu. Le bazar coloré et les canaux sinueux donnent à la ville une ambiance nettement méditerranéenne. Chaque quartier a son grain, ses façades usées et ses places circulaires où l’on croise des informateurs, des vendeurs à la sauvette et des agents adverses.
Sur un téléviseur, la direction artistique peinte gagne en lisibilité. Les visages esquissés des personnages, les néons délavés et les intérieurs encombrés de bougies et de plantes créent une atmosphère qu’on a envie d’explorer lentement, manette en main, sans se presser.
Une écriture dense, souvent brillante
Par ailleurs, l’écriture reste le cœur du projet. Les dialogues mêlent philosophie politique, humour absurde et moments franchement cruels. Hershel est un personnage complexe, à la fois lucide et autodestructrice, et la voix anglaise de Boo Miller lui donne une fatigue très crédible.
Toutefois, cette densité a un prix. Les premières heures demandent de la patience, car le jeu déroule une multitude de pistes avant de laisser entrevoir la toile complète. Les joueurs habitués aux RPG plus dirigés risquent de se sentir perdus face à cette masse de texte.
Fatigue, Anxiété et Délire, le système qui change tout
Si l’histoire accroche, c’est le système de jeu qui donne à Zero Parades sa personnalité. Comme dans tout RPG narratif à dés, chaque action délicate passe par un test de compétence. Instinct, lecture à froid, coordination, chaque statistique ouvre ou ferme des possibilités dans les échanges.
La vraie originalité tient dans l’état mental de l’héroïne. Le jeu place au centre la condition psychique de la protagoniste, représentée par trois pressions constantes, la Fatigue, l’Anxiété et le Délire, qui influencent les dialogues, les choix, les compétences et les tests. Ces jauges ne sont jamais décoratives. Elles colorent les réponses proposées et modifient la façon dont Hershel perçoit ce qui l’entoure.


Forcer le destin, à vos risques et périls
Le mécanisme d’effort, baptisé Exert, ajoute une couche de tension bienvenue. Il permet d’augmenter volontairement la pression sur la psyché de l’héroïne pour améliorer ses chances de réussite lors des tests de compétence. Concrètement, on gagne quelques points de pourcentage en échange d’une héroïne un peu plus à bout.
C’est un dilemme permanent, et c’est là que le jeu se montre le plus inspiré. Faut-il tout miser sur une conversation cruciale au risque de sombrer dans le délire une heure plus tard? Ce calcul donne du poids à chaque décision, même mineure.
L’échec comme moteur du récit
Ensuite, le jeu traite l’échec avec une intelligence rare. Un mauvais jet ne ferme pas forcément une porte. Il peut plier une scène, ajouter un coût ou imposer une solution plus tordue. On finit par accepter ses ratés au lieu de recharger sa sauvegarde, ce qui rapproche l’expérience d’une partie de jeu de rôle sur table.
Les rencontres dramatiques, ces séquences où la tension monte d’un cran, cassent aussi la monotonie des longues lectures. Elles mettent la pression sur le joueur et donnent un rythme plus nerveux à certaines heures plus calmes.
Version PS5 et Director’s Cut, ce qu’il faut savoir avant d’acheter
Après ces bases solides, reste à voir ce que change la version console. Sur ce point, le portage arrive dans une forme plus complète que le jeu d’origine.
Le contenu ajouté par le Director’s Cut
Le Director’s Cut apporte une nouvelle rencontre dramatique, un mode Backstage, de nouvelles tenues, des améliorations d’interface et environ 40 000 mots d’écriture inédite. La nouvelle séquence suit Hershel et Ramses, complètement défoncés, qui tentent de s’échapper du rond-point de Quisach. C’est l’un des passages les plus drôles du jeu.
Le mode Backstage intéressera les curieux. On y parcourt des versions antérieures de certains niveaux, avec des analyses techniques, des inspirations créatives, du contenu coupé et des anecdotes racontées par le directeur artistique. Enfin, le doublage anglais est désormais complet, avec une introduction réenregistrée et un nouveau mixage audio.
Les fonctions propres à la PS5
Côté technique, la version PS5 annonce une résolution 4K native, l’audio 3D ainsi que la prise en charge des gâchettes adaptatives, du retour haptique et du haut-parleur de la DualSense. Dans un jeu aussi bavard, l’audio 3D apporte surtout une vraie présence aux voix et aux bruits de la ville.
La prise en main à la manette se révèle confortable pour un CRPG à vue isométrique. Le jeu ne demande ni réflexes ni précision, et la lecture depuis le canapé passe bien, même si les écrans les plus chargés en texte réclament un peu de concentration.
La question de la langue, point décisif pour les francophones
C’est le détail à vérifier avant tout achat. Le jeu ne propose pas encore de version française. L’interface et les sous-titres sont disponibles en anglais, allemand, russe, chinois simplifié et espagnol d’Amérique latine, et seul l’anglais bénéficie du doublage complet.
Le studio a pourtant pris un engagement. Huit langues supplémentaires, dont le français, l’italien, le japonais et le portugais du Brésil, doivent arriver via des mises à jour gratuites à partir de la fin de l’année. Aucune date précise n’est confirmée à ce jour. Pour les joueurs du Québec, de Belgique ou de Suisse romande peu à l’aise avec un anglais littéraire, attendre cette traduction semble raisonnable.
Côté prix, la version PC est vendue 39,99 € sur Steam. Le tarif PS5 se vérifie directement sur la fiche officielle du PlayStation Store, car les versions PS5 et Switch 2 sont des achats séparés, sans transfert de contenu depuis le PC.
Un accueil critique solide mais partagé
Pour situer le jeu, l’accueil sur PC donne un bon repère. Le titre affichait une note globale de 83 sur Metacritic, sur la base de 19 critiques, que l’on peut consulter sur la page Metacritic du jeu. Les avis vont pourtant du 5/5 d’Eurogamer au 66/100 de PC Gamer, qui reprochait au récit d’espionnage de manquer de conviction.
Ce contraste dit bien la nature du jeu. Commercialement, il reste pour le moment un échec pour ZA/UM, qui a eu du mal à négocier l’après-Disco Elysium, et la sortie console représente une seconde chance importante pour le studio.
Points forts et points faibles
Les points forts
- Une héroïne complexe et magnifiquement écrite
- Le système Fatigue, Anxiété et Délire, qui donne du poids à chaque choix
- L’échec traité comme une partie du récit, pas comme une punition
- Portofiro, ville dense et visuellement marquante
- Un Director’s Cut généreux, inclus dès le premier jour sur PS5
- Un usage soigné de la DualSense et de l’audio 3D
Les points faibles
- Aucune version française disponible au lancement
- Des premières heures lentes et exigeantes
- Une ombre de Disco Elysium parfois trop présente dans les mécaniques
- Une masse de texte qui rebutera les joueurs pressés
Notre note
8/10. Zero Parades réussit là où on l’attendait le moins, en construisant une identité propre malgré un héritage écrasant. Il ne prend pas toujours de risques, mais son système de pressions mentales et son écriture en font un RPG narratif de très bon niveau sur PS5.
Ce test de Zero Parades sur PS5 confirme qu’un RPG peut encore surprendre sans miser sur l’action. Le Director’s Cut offre aux joueurs console la version la plus aboutie du jeu, plus riche et mieux finie qu’au lancement PC. Reste la barrière de la langue, qui pèsera lourd pour une partie du public francophone. L’arrivée de la traduction française pourrait bien décider du destin du jeu sur console.
Et vous, êtes-vous prêt à suivre Hershel dans les rues de Portofiro dès maintenant en anglais, ou attendez-vous la version française? Dites-nous en commentaire si le système de pressions mentales vous tente ou vous effraie.
Crédit image à la une : ZA/UM