Tarsier Studios n’a jamais fait dans la facilité. Après avoir marqué les esprits avec les deux premiers Little Nightmares, le studio suédois dévoile enfin Reanimal, son nouveau projet développé sous l’égide de THQ Nordic. Cette revue complète de Reanimal tente de démêler ce qui fait la force, et les faiblesses de cette expérience coopérative sortie ce 13 février 2026 sur PS5, Xbox Series X/S, Nintendo Switch 2 et PC. Spoiler : vous n’en sortirez pas indemne, et probablement pas avec toutes les réponses.
Un successeur spirituel qui assume sa filiation
Tarsier Studios a été clair dès l’annonce du jeu : Reanimal se positionne comme le digne héritier de Little Nightmares, sans en porter le nom. Le studio, acquis par Embracer Group en 2019, a laissé la licence originale entre les mains de Bandai Namco pour se concentrer sur cette nouvelle propriété intellectuelle. Le résultat ? Une aventure qui reprend les codes du survival horror contemplatif, tout en cherchant à repousser ses propres limites.
L’histoire suit un frère et une sœur lancés à la recherche de leurs amis disparus sur une île peuplée de créatures cauchemardesques. Jouable en solo ou en coopération (locale et en ligne), le titre mise sur une caméra dynamique partagée, pensée pour maintenir les deux personnages à l’écran en permanence. L’objectif affiché par les développeurs : maximiser la claustrophobie et la tension, particulièrement lorsque deux joueurs partagent l’expérience.
Gameplay : entre confort et surprises
Côté mécaniques, Reanimal ne révolutionne pas le genre. On retrouve des énigmes environnementales, des phases de plateforme, quelques combats légers et une navigation en bateau entre les différentes zones. Rien de fondamentalement nouveau pour qui a déjà parcouru Little Nightmares. La véritable force du jeu réside ailleurs.
L’imprévisibilité comme moteur

Ce qui distingue Reanimal, c’est son sens du spectacle. Chaque section réserve son lot de surprises. On passe d’une poursuite effrénée face à des créatures reptiliennes à une confrontation absurde avec une mouette géante, et oui, c’est aussi improbable que ça en a l’air. Plus tard, le jeu bascule dans les tranchées d’un conflit humain avant de nous jeter dans les pattes d’une araignée colossale.
Cette diversité maintient l’attention en éveil. Les phases de boss et les séquences de fuite demandent quelques essais pour maîtriser le timing, mais jamais au point de créer de la frustration. L’arrivée improbable d’un tank en fin de partie offre même un final chaotique et jouissif, totalement inattendu.
Une coopération bien pensée
En duo, l’expérience prend une autre dimension. Les actions requises restent simples, mais le contexte visuel et narratif transforme chaque interaction en moment mémorable. La caméra partagée, développée sous Unreal Engine 5, renforce ce sentiment d’être pris au piège ensemble. Tarsier Studios avait promis de créer une « horreur partagée » : contrat rempli.
Le problème de la narration
Si le gameplay tient ses promesses, l’histoire pose question. Reanimal adopte la même approche narrative que Little Nightmares : peu de dialogues, beaucoup de suggestions visuelles, et une fin censée éclairer l’ensemble. Sauf que cette fois, le twist final soulève plus d’interrogations qu’il n’apporte de réponses.
Une cohérence qui se délite
Le jeu enchaîne les séquences spectaculaires sans véritablement les relier entre elles. Les créatures rencontrées, aussi impressionnantes soient-elles, semblent issues d’univers différents. La fin offre bien une explication sur ce qui a déclenché les événements, mais elle encadre l’expérience sans expliquer son cœur. Tout ce qui se passe entre le début et la conclusion reste flou, presque arbitraire.
Pour être honnête, cette confusion narrative ne gâche pas nécessairement le plaisir immédiat. On traverse Reanimal porté par ses moments forts. Mais une fois le générique passé, difficile de ne pas ressentir une certaine perplexité. Tarsier Studios excelle habituellement dans les métaphores et les récits à tiroirs. Ici, l’intention reste opaque, même après plusieurs jours de réflexion.
Une atmosphère mature et équilibrée

Reanimal se veut plus terrifiant que ses prédécesseurs, et il y parvient sans tomber dans l’excès. Les thèmes abordés et certaines images s’avèrent franchement perturbants. Les scènes de mort, notamment, ne ménagent pas le joueur. Pourtant, le jeu maintient un équilibre subtil.
L’horreur sans overdose
Le ton varie suffisamment pour éviter la saturation. Entre deux séquences angoissantes, on peut se retrouver pourchassé par le Renifleur, un colosse à moto dont le nom seul détend l’atmosphère. Cette alternance entre gravité et absurdité permet à Reanimal de rester divertissant malgré sa noirceur fréquente.
Les fans de Little Nightmares habitués à une certaine pudeur visuelle seront peut-être surpris. Le jeu assume une direction artistique plus frontale, sans pour autant verser dans le gore gratuit.
Exploration et durée de vie
Reanimal crée une illusion de liberté appréciable. La progression reste linéaire, mais la navigation en bateau permet de s’écarter du chemin principal pour découvrir des zones optionnelles. Ces détours ne cachent généralement que des objets à collectionner, un entrepôt par-ci, une pièce isolée par-là — mais la curiosité reste récompensée.
Quatre heures et demie, pas plus
C’est le temps nécessaire pour atteindre le générique en coopération. Une durée courte, même en tenant compte des standards du genre. En cherchant les collectibles manquants, on peut espérer grappiller une heure supplémentaire. Un trophée évoque d’ailleurs une fin secrète liée à ces objets, ce qui pourrait inciter les complétistes à recommencer.
Pour ceux qui en veulent davantage, THQ Nordic a confirmé un Season Pass comprenant trois chapitres additionnels. Ces DLC apporteront peut-être les réponses narratives qui manquent au jeu de base.
Revue complète Reanimal : verdict final
Reanimal est une expérience qui divise, et c’est probablement inévitable. Son univers déroutant et sa brièveté ne convaincront pas tout le monde. Mais il serait injuste de réduire le jeu à ses défauts. Les séquences d’anthologie s’enchaînent, l’atmosphère impressionne, et la coopération fonctionne remarquablement bien.
Tarsier Studios livre un titre techniquement abouti, porté par une direction artistique saisissante et une volonté de surprendre à chaque instant. Le message que le studio cherche à transmettre reste malheureusement difficile à cerner. On ressort de Reanimal avec l’envie d’y retourner, moins pour la rejouabilité que pour tenter de comprendre ce qu’on vient de vivre.
Le jeu disponible dès aujourd’hui sur PS5, Xbox Series X/S, Nintendo Switch 2 et PC mérite l’attention de tous les amateurs d’horreur atmosphérique. À condition d’accepter de ne pas tout saisir — et de faire confiance au studio pour éclaircir ses mystères dans les contenus à venir.
| Points forts | Points faibles |
|---|---|
| Atmosphère immersive et direction artistique saisissante sous Unreal Engine 5 | Narration confuse qui manque de cohérence globale |
| Séquences spectaculaires variées (poursuites, boss, final en tank) | Durée de vie courte (4h30 à 5h30 maximum) |
| Coopération réussie avec caméra partagée dynamique | |
| Imprévisibilité constante qui maintient la tension | |
| Équilibre tonal entre horreur et moments d’absurdité | |
| Exploration récompensée avec zones optionnelles et fin secrète |
L’équipe de jeux.ca a décidé de lui attribuer la belle note de 8/10. Et vous, combien vous lui donnez ?