130 ans de ludisme avec Nintendo

Nintendo a 130 ans! Bonne fête!

Qui l’aurait cru ? Qui aurait cru qu’un petit fabricant de carte du milieu du Japon fondé sous l’ère Meiji serait encore debout et plus fort que jamais 130 ans plus tard ? C’est en effet le 23 septembre 1889 que Fusajirô Yamauchi, un artisan et joueur de 29 ans, ouvre les portes d’une petite entreprise de confection de cartes à jouer populaires au Japon, les Hanafuda.

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Hanafuda post-Seconde Guerre Mondiale

Concernant le sens du mot Nintendo, Florent Gorges nous apprend dans son ouvrage référence sur le sujet Histoire de Nintendo Vol. 1 qu’il peut avoir plusieurs sens. Le plus courant est « laisser les dieux décider de notre destin ». Mais le japonais étant ce qu’il est et ses idéogrammes pouvant avoir plusieurs sens, il pourrait très bien s’agir d’une autre formule comme « le temple du Hanafuda libre » ou « la société à qui on laisse faire (ou vendre) des Hanafuda. »

Par ailleurs, ce même livre nous apprend que malheureusement le premier local de Nintendo situé dans le quartier Ôhashi de Kyoto sera détruit en 2004 pour laisser place à un parking. Inutile donc de chercher une petite bâtisse pour aller vous recueillir.

Le jeu, l’ADN de Nintendo

L’entreprise japonaise a été fondée pour faire du jeu et 130 ans plus tard, c’est toujours le cas. Malgré quelques accidents de parcours comme notamment le riz instantané ou la société de taxis, Nintendo a su rester en lien avec son cœur de métier le jeu. Les Hanafudas ont peu à peu pris une place en arrière plan tandis que les jeux de société et les jouets devenaient populaires. Mais c’est surtout l’arrivée de deux personnes qui va changer radicalement l’approche de Nintendo et la faire devenir l’entreprise à succès qu’on connait aujourd’hui. Il s’agit de Hiroshi Imanishi (en 1963) qui embauchera ensuite Gunpei Yokoi (en 1965).

Ce dernier est plus que doué de ses dix doigts et conçoit, produit et réalise des jouets et toutes sortes de choses depuis son plus jeune âge. Bien qu’il n’ait pas été embauché pour ces compétences à Nintendo, c’est ce qui conduira à le faire remarquer par le charismatique mais néanmoins tempétueux président de la firme, Hiroshi Yamauchi, arrière-petit-fils du fondateur. S’ensuivront des jeux et jouets de toutes sortes comme l’Ultra Hand ou le Love Tester.

Tout comme les Hanafuda avant eux, les jouets disparaissent peu à peu pour laisser place aux jeux vidéo dans les années 70. D’abord rudimentaires ou carrément plagiaires, l’entreprise fait preuve d’audace quitte à risquer sa santé financière en pariant sur un investissement qui tombe au mauvais moment. Il s’agit du Laser Clay Shooting System, une sorte de tir au pigeon d’argile virtuel dans une ancienne salle de bowling. Malheureusement, en 1973, le pays est frappé par la récession engendrée par le choc pétrolier. Quand on sait que le Japon importait à cette époque près de 98% de son pétrole, il n’est pas difficile d’imaginer la crise économique qui a suivi.

Les jeux vidéo, sauveurs de Nintendo

Nintendo est donc dans la panade pour dire les choses clairement. Sa survie n’est pas assurée et elle doit trouver une solution pour émerger, sans quoi, c’est la banqueroute. C’est le début des jeux d’arcade populaires de Nintendo. Des jeux de tirs avec support vidéo comme Wild Gunman ou EVR Race aux jeux vidéo purs comme Space Fever ou Computer Othello (premier jeu du genre à permettre de se mesurer face à une intelligence artificielle), il y en a pour tous les goûts et surtout, le succès est au rendez-vous.

Mais ce qui va pérenniser le succès de Nintendo, ce sont les Game & Watch. Basés sur une idée de Gunpei Yokoi qu’il a eue lors d’un de ses longs voyages en train, ces jeux électroniques paraissent à compter de 1980 avec Ball, le jongleur. Ingénieux, peu coûteux et terriblement addictifs, les Game & Watch se vendent comme des petits pains… sauf en Amérique du Nord. Comme l’explique David Sheff dans son livre Game Over, perçus comme des jouets, les politiques de paiement BtoB ne sont pas du tout les mêmes et obligeaient la branche américaine de Nintendo à se faire payer uniquement au mois de décembre ! Difficile de garder une trésorerie sable dans ces termes.

Mais heureusement, Nintendo avait plus d’un tour dans son sac et notamment une recrue de choix, Shigeru Miyamoto. C’est à lui qu’à incomber la difficile mission de transformer la borne d’arcade d’un jeu mis de côté par les joueurs, Radar Scope, en succès planétaire. C’est ainsi qu’il va s’efforcer de créer le jeu que l’on connait tous, Donkey Kong en 1981. Profitons-en pour rappeler que la première apparition du gorille sur console de salon ne sera pas sur une console Nintendo mais sur Colecovision, et aura grandement profité de son succès.

Success story mais pas toujours

La suite on la connait, la Famicom parait en 1983 au Japon, et tout le pays est sous le charme. Au même moment, l’industrie du jeu vidéo en Amérique du Nord s’effondre et a quasiment disparu des rayons lorsque le constructeur japonais sort la NES en 1985 (lancement de test à New York et Los Angeles) puis en 1986 dans tous les États-Unis (le Canada est sous le joug d’un autre distributeur). Puis la Super NES lui succède en 1990 (91 en Amérique du Nord) connaissant le même succès malgré le retard sur SEGA et sa Genesis. La Game Boy est un succès planétaire en partie grâce à l’ingéniosité de Yokoi mais surtout grâce à l’entêtement de son équipe.

La firme s’emmêle ensuite les pinceaux au niveau des consoles de salon. Elle s’engouffre dans la course à la technologie et tente de rivaliser avec les autres sur ce terrain. Ce sera l’arrivée inopinée du Virtual Boy, véritable accident de parcours, puis la naissance difficile de la Nintendo 64 avec une ludothèque plus de 4 fois moins fourni que sur la Super NES (400 jeux contre plus de 1700 au total). La GameCube est un peu mieux lotie mais pas tant avec son format propriétaire là où Sony adopte son DVD, faisant de sa machine, un lecteur en même temps qu’une console. Il faudra attendre la Wii et la Nintendo DS soit le retrait d’Hiroshi Yamauchi des affaires lorsqu’il cède sa place au regretté Satoru Iwata en 2002.

Nintendo en 2019

En 2019, 130 ans après sa fondation, Nintendo est au meilleur de sa forme. La Nintendo Switch sortie en 2017 est une vraie bombe. La réconciliation avec les hardcore Gamer suit son cours, eux qui s’étaient sentis si délaisser sur la Wii puis la Wii U. Entre remakes, portages et idées originales, la console hybride est l’une des meilleures idées de Nintendo, tant au niveau théorique que dans la pratique mais aussi sur le plan commercial. Concluons en rappelant que Nintendo est le dernier des constructeurs historiques encore en place. Atari n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était, SEGA s’est reconvertie en éditeur-tiers, Coleco et Mattel Electronics ont explosé en plein vol, et Bandai a préféré se concentrer sur les jeux.

L’avenir semble donc radieux pour Nintendo (pour les prochains 130 ans peut-être), d’autant qu’un certain Pokémon arrive dans moins de deux mois…

Nintendo Switch
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