C’est lors de la première journée du Rainbow Six Invitational que nous avons pu nous entretenir avec Yannis Mallat, PDG des studios canadiens d’Ubisoft.

Missions de Yannis Mallat

Jeux.ca: Quelles sont vos missions principales dorénavant en tant que PDG des studios canadiens d’Ubisoft?

Yannis Mallat: Mon rôle est un rôle de direction. Je dois superviser les opérations de tous les studios canadiens. Ils sont désormais au nombre de cinq. Montréal est en quelque sorte notre vaisseau amiral avec près de 3500 personnes maintenant. Québec suit avec près de 700 personnes. Le petit nouveau de Saguenay est présent aussi, j’y étais pas plus tard qu’hier. Puis nous avons celui de Toronto avec près de 800 personnes et Halifax en Nouvelle Écosse. Et enfin le nouveau aussi de Winnipeg où j’étais également il y a deux semaines.

Mais surtout j’aime être proche des équipes et suivre le développement des jeux directement sur le terrain. J’ai été producteur avant et c’est quelque chose qui me colle à la peau.

Au Québec

Jeux.ca: Vous n’êtes pas sans savoir qu’une pénurie de main d’œuvre sans précédent touche le Québec en ce moment, Ubisoft est-elle concernée?

YM: Nous avons toujours eu des manques dans le sens où nous embauchons à un rythme satisfaisant. Mais il y a tout de même des métiers pour lesquels c’est plus difficile. Par contre, je ne dirais pas que nous sommes plus ou moins à plaindre que d’autres. Cette pénurie nous touche tous. Ceci étant dit, pour des domaines comme l’ingénierie informatique, il faut très vite penser aux solutions long terme. C’est pour cette raison que nous mettons la main à la pâte, on se retrousse les manches et nous avons lancé Ubisoft Éducation qui vise à faire en sorte que la pérennité créative et d’emploi, surtout pour des métiers liés à l’informatique, existe dans les prochaines années. C’est fondamental.

Jeux.ca: Qu’en est-il du projet de loi 9 sur l’immigration qui vise à éliminer purement et simplement plus de 18 000 dossiers qui touchent plus de 50 000 personnes?

YM: Concernant l’immigration, je ne sais pas car c’est vraiment très précis et cela nécessiterait de faire l’état de la situation. Mais je fais confiance aux différents paliers du gouvernement. On accueille beaucoup de personnes qui viennent d’autres pays et c’est assurément une composante importante dans notre capacité à acquérir du talent pour créer les jeux. Mais on va suivre cette affaire de très près.

Jeux.ca: Que pensez-vous des multiples coupures de postes chez vos concurrents?

YM: Je ne peux pas me prononcer sur ce sujet. Cela concerne les entreprises qui sont touchées. De notre côté, nous avons un plan de croissance au Québec et au Canada. Les jeux que nous créons, que nous développons et que nous opérons ont bien besoin de tous ces talents que nous devons former et qu’on accueille à bras ouverts et à qui nous disons, « Venez donc voir ce qu’il se passe à Ubisoft! » Car il se passe de très belles choses comme on peut voir cette fin de semaine [avec le Rainbow 6 Invitational]. (Rires)

Jeux.ca: Nous trouvons qu’Ubisoft se limite au Québec avec des studios à Montréal, Québec et Saguenay. Pourquoi pas un studio à Sherbrooke, ville universitaire par excellence, bilingue et pleine de talents? Avez-vous des plans de développement?

YM: (Rires) Nous avons annoncé qu’il y aurait un quatrième studio au Québec en région et je dirais que la région de Sherbrooke fait aujourd’hui partie des régions sur lesquelles nous nous penchons. C’est tout à fait légitime. La réflexion que vous vous êtes faite, nous nous la faisons aussi! Mais nous n’en sommes pas encore à dévoiler l’endroit du studio.

Jeux.ca: Hypothétiquement, s’il n’y avait pas de crédit d’impôt, quelles sont raisons qui vous auraient amené à vous installer à Montréal en 1997?

YM: (Rires) Je ne vis pas dans les mondes parallèles donc je ne peux pas répondre à vos questions hypothétiques. Tout ce que je peux dire par contre, c’est qu’au moment où c’est arrivé, cet élément faisait partie de la décision d’affaires. Vous le savez, le jeu vidéo fonctionne de pair avec la technologie qui est en constante innovation. Donc c’est une industrie qui appelle les grands joueurs à prendre des risques.

De plus, lorsque nous mettons tout ceci dans la balance, nous regardons lequel de ces environnements d’affaires nous permet de prendre des risques. Parce qu’au final, le crédit d’impôt au Québec est parfaitement gagnant pour les deux parties. Il crée de la richesse pour la province autant qu’il nous permet de créer de belles choses ici au Québec. Je pense que c’est un faux débat. Il faut garder notre situation de tête et notre situation très compétitive. Puisque la concurrence est désormais mondiale.

Éducation

Jeux.ca: Vous avez récemment publié une lettre ouverte sur l’importance de l’éducation. Comment Ubisoft, par votre intermédiaire ou non, compte participer à la formation des jeunes et à la création des futurs métiers de demain?

YM: C’est une très bonne question. D’après une étude de 2017 de DELL Technologies et l’institut du futur, 85% des métiers de 2030 n’existent pas encore. Évidemment c’est une statistique qui nous a faits sursauter. Donc que faire, surtout dans un contexte de pénurie de main d’œuvre, pour former ces jeunes et assurer une acquisition de compétences pour exercer des métiers que l’on ne connaît pas encore?

À Ubisoft, nous innovons souvent. C’est dans notre ADN d’être techno-créatif donc il y a forcément des secteurs, qui eux existent déjà, sur lesquels nous pouvons intervenir et apporter notre aide et notre soutien. Je pense aux écoles, aux enseignants, aux commissions scolaires. Ceci étant dit, loin de nous l’idée de nous substituer à ces organisations. Car, la pédagogie, ce n’est pas le nôtre. Nous n’allons pas arriver avec nos gros sabots et commencer à vouloir l’apprendre à des professionnels. Notre stratégie est donc de soutenir des organismes et des experts dont c’est le métier.

Comme nous voulons intervenir de plus en plus tôt dans la vie des jeunes, nous discutons avec des réseaux comme Technoscience, Fusion Jeunesse, Technovation, Kids Code Jeunesse et d’autres qui interviennent dans les écoles et qui font un travail admirable. Par exemple, j’ai pu voir hier des jeunes de 6 à 8 ans à l’école Saint-Isidore de Saguenay s’émerveiller devant des concepts simples à travers une trousse, très bien faite, pour apprendre les rudiments de la programmation. Leur rôle était de donner des ordres à un petit robot Cubetto. Nous les avons vus intégrer ce qu’est la pensée computationnelle, la factorisation et ainsi commencer à comprendre les bases mathématiques qui régissent la programmation. C’est passionnant et beaucoup plus constructif que de parler des crédits d’impôt par exemple! (Rires)

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.