Opinion – Agressions dans le monde du jeu vidéo: que faire?

Malgré que ça fasse déjà quelques années que le mouvement #MeToo a pris d’assaut Hollywood, l’industrie des jeux vidéo a été plutôt épargnée.

Il ne faudrait pas croire pour autant que c’est parce que tout va bien. On entend depuis longtemps des rumeurs de femmes qui ont subi des situations inacceptables, mais qui n’osaient pas jusqu’ici parler dans ce milieu rempli d’hommes.

Il semble toutefois que le vent soit en train de tourner puisque cette semaine, certaines femmes ont décidé de prendre la parole.

Un billet de blog qui lance le bal

Mon collègue Antoine Clerc-Renaud résumait bien la situation hier, si bien que je ne m’attarderai pas à résumer la situation en détail.

Ce qu’il faut savoir, c’est que suite à la dénonciation par la développeuse Nathalie Lawhead de Jeremy Soule, compositeur de la musique de Skyrim (entre autres) qu’elle accuse de l’avoir violée, de nombreuses actrices du monde du jeu vidéo ont pris d’assaut les réseaux sociaux pour dénoncer leurs agresseurs.

Les histoires d’horreur sont nombreuses: viols, harcèlement sexuel et psychologique, abus de pouvoir… Bref, on comprend que beaucoup d’entres elles racontent porter les séquelles de ces actes des années plus tard.

Un problème systémique

Une chose devient évidente: il y a un grave problème de sexisme et d’abus de pouvoir dans cette industrie.

Évidemment, le milieu professionnel du jeu vidéo est loin d’être le seul à faire face à ce fléau. Il y a eu Hollywood avant, et même si les inconduites sexuelles dans les secteurs de travail moins publics ne défraient pas la manchette, ça ne veut pas dire qu’elles sont moins courantes ou importantes.

Ceci étant dit, si vous êtes comme moi, ça ne vous empêche pas d’éprouver un malaise énorme devant la situation. Qu’est-ce qu’on peut bien faire pour que notre hobby préféré ne soit pas souillé par ces comportements déplorables?

Voter avec son porte-feuille: difficile

L’une des choses les plus évidentes à faire serait de voter avec son portefeuille. Après tout, si on n’achète plus les jeux produits par des agresseurs, ces agresseurs ne travailleront plus dans le milieu, non?

Ce n’est malheureusement pas si simple, car les jeux vidéo sont un média fondamentalement collaboratif.

On peut très bien choisir de ne plus acheter l’album de Chris Brown parce qu’on ne veut pas endosser quelqu’un qui a battu sa blonde, mais quand on parle d’un jeu qui emploie souvent des centaines de personnes, c’est plus compliqué.

On ne peut punir des centaines de gens pour les actions d’un seul. Et même dans le cas de plus petits projets indies, ce n’est pas simple; les deux autres co-créateurs de Night in the Woods ont vite dénoncé Alec Holowka, leur collègue accusé d’agression sexuelle. Méritent-ils d’être punis?

En demander plus des entreprises

Ce qui frappe dans la plupart des témoignages recueillis cette semaine, c’est que souvent ces événements se sont déroulé au sein d’entreprises qui ne possédaient pas les structures pour prévenir et dénoncer ces comportements, quand elles ne fermaient pas carrément les yeux sur la situation.

Prenons par exemple l’histoire de Katie Chironis, qui raconte avoir été harcelée sexuellement lors d’un party de Noël chez Oculus. Des dizaines de témoins auraient assisté à l’incident, et certains seraient même venus appuyer ses dires lorsqu’elle a porté plainte aux ressources humaines.

Le résultat? Rien.

L’homme en question est toujours embauché par la compagnie.

On peut certainement demander aux compagnies qui emploient les gens pointés du doigt de rendre des comptes. Bethesda s’est déjà fait contacter par plusieurs médias qui demandent à l’entreprise de réagir aux accusations envers son compositeur.

Je peux difficilement m’attrister d’imaginer que ce soit au tour des agresseurs de craindre pour leur emploi.

Et la plupart des compagnies ne veulent pas être présentées comme «la compagnie qui embauche des agresseurs». Nous avons donc un peu de pouvoir à ce niveau-là.

Ne pas être des complices, surtout

Ceci étant dit, il y a deux moyens qui devraient être encore plus évidents: si vous faites partie de l’industrie, n’agressez pas (l’évidence même).

Et si vous êtes témoins de comportements répréhensibles, dénoncez. Ça ne veut pas dire de faire le coming-out d’une victime à sa place si elle n’est pas prête, mais ça veut dire de confronter le coupable, d’offrir son aide à la victime, de passer par les autorités concernées le cas échéant.

Mais je crois également qu’en tant que joueurs qui ne font pas nécessairement partie de l’industrie, on peut se questionner sur notre propre rapport aux femmes et au sexisme.

Soyons clairs: je ne suggère d’aucune façon que le public est responsable des actions de ceux qui ont abusé physiquement ou psychologiquement de leurs collègues.

Mais je crois toutefois qu’en tant que public, si on se dresse contre les femmes qui dénoncent, si on s’attaque constamment aux féministes, si on se révolte quand les femmes prennent un peu plus de place dans les jeux vidéo, on ne crée pas un environnement où les femmes victimes d’actes sexuels risquent d’être à l’aise de se lever et de dénoncer.

On peut faire tellement mieux.

Évidemment, on ne règlera pas les problèmes du sexisme et des agressions sexuelles aujourd’hui.

Mais ces dénonciations me semblent un énorme premier pas, et on ne peut que saluer le courage de celles qui ont osé parler.

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