Critique – Disaster Report 4 Summer Memories

Disaster Report 4 Summer Memories, le jeu maudit

Prévu à l’origine pour une sortie en 2011 sur PS3, Disaster Report 4 a été l’une des victimes indirectes du terrible tremblement de terre du Tohoku survenu le 11 mars de cette même année. Les développeurs ont jugé préférable de repousser la sortie de leur titre qui met en scène des survivants d’un cataclysme similaire. Quelques années plus tard, on n’avait toujours pas de nouvelles. Puis un beau jour, Disaster Report 4 est réapparu ! Cette fois-ci pour une sortie d’abord sur PS4 puis sur Nintendo Switch. C’est ce qui s’est passé le 22 novembre 2018 et le 26 septembre 2019 au Japon. Le reste du monde doit attendre le 7 avril 2020 en pleine crise du coronavirus pour en profiter et ce retard se fait sentir comme une réplique de tremblement de terre. Explications.

Comment réagiriez-vous si vous étiez confronté à un tremblement de terre ?

C’est la question à laquelle on répond constamment dans Disaster Report 4 Summer Memories. Le jeu démarre en effet durant une belle journée d’été. Notre avatar, un homme ou une femme au choix, est dans un bus quand tout à coup le téléphone sonne et laisse apparaitre un message d’urgence par rapport à un tremblement de terre imminent.

On s’extirpe alors du bus renversé et on doit s’échapper par quelque moyen nécessaire de cette ville en proie aux flammes et aux inondations en plus des répliques fréquentes du tremblement de terre. D’ailleurs si la ville est totalement fictive, on a peu de mal à reconnaitre Tokyo par moment. Le maitre mot est la survie. Il faudra résoudre des énigmes la plupart du temps simples consistant le plus souvent à récupérer des clés pour ouvrir des portes verrouillées pour passer d’un endroit à un autre.

Mais très souvent, en discutant avec les nombreux personnages aux alentours, vous allez devoir faire des choix de réponses en réaction aux pensées de votre avatar ou à une situation précise. Ce qui est génial c’est que ces choix influent directement sur la suite du jeu ! En effet, selon votre décision, vous accéderez ou non à une certaine section. De plus, un système de moralité et d’immoralité est également inclus et vous gagnerez des points dans l’une ou l’autre des catégories selon vos décisions.

Mais ce n’est pas tout car en plus de la barre de vie qui se vide à vitesse grand V, il faudra faire attention à la jauge de stress qui se remplit lorsqu’on subit des chocs. Mais notre avatar aura aussi faim et soif et il faudra alors être certain d’avoir de quoi le rassasier. Dernier point, ce qui rentre doit sortir et il faudra régulièrement trouver des toilettes pour y faire ses petites affaires sous peine de maux de ventre qui viendront handicaper son personnage.

Un reflet indépendant du Japon moderne aux atours de AAA

Le jeu de Granzella est également un fabuleux miroir du Japon moderne. Il aborde en effet de nombreuses problématiques bien trop souvent oubliées dans différentes productions préférant se concentrer sur le côté kawaii. Ici, on est face à un Japon en crise qui fait ressortir le bon comme le mauvais chez les personnes confrontées à cette catastrophe. On est victime à plusieurs reprises de xénophobie en se retrouvant dans un nouveau quartier. On se retrouve alors avec des étudiants étrangers victimes de ce même racisme. Sans spoiler cette scène peut se terminer en quasi-lapidation !

Bien sûr le trait est grossi mais pas tant quand on connait un peu la mentalité japonaise. On peut le voir au quotidien par ailleurs avec leur gestion domestique du coronavirus qui fait croire à beaucoup d’entre eux que les Japonais y sont plus résistants et que le problème vient d’ailleurs. Mais on a des fois des situations ridicules comme l’impossibilité d’aller dans les toilettes des femmes si on joue un homme et inversement.

Mais les développeurs ont merveilleusement bien retranscrit les conséquences d’un tel drame et n’ont pas hésité à en dépeindre tous les aspects. On s’en rend compte un peu plus tard dans le jeu lorsqu’un quartier entier est ravagé par les flammes. C’est certainement le moment le plus touchant du jeu.

On peut également changer de costume sans que cela ait une réelle incidence. Tout comme on peut changer de boussole sans pour autant affecter la suite du jeu. Le menu est horrible à naviguer, heureusement que l’on n’a pas à y aller très souvent.

Avec tout cela jumelé au moteur 3D qui permet des effondrements de bâtiment spectaculaires, on se croirait devant un jeu AAA. Mais malheureusement, l’ambition du jeu se heurte très rapidement à un apparent manque de budget et/ou de temps.

Du grand spectacle… au ralenti

Dès le début du jeu et à la première secousse, le jeu accuse d’une baisse de frame rate incroyable et ce sera comme ça quasiment tout le long de l’aventure. Sur Nintendo Switch, la version que l’on a testée grâce à un code fourni par l’éditeur, c’est le cas à chaque fois que l’on démarre le jeu et à chaque réplique ou presque. C’est quasiment injouable par moment. Le moteur Unreal Engine 4 n’est pas du tout optimisé pour la console hybride de Nintendo. On sait qu’il en va de même sur PS4 mais que c’est apparemment mieux sur PS4 Pro. Encore une belle injustice de la part des développeurs.

De plus contrairement aux jeux modernes, ici on est très peu pris par la main et on va souvent se retrouver à tourner en rond pendant de longues minutes sans savoir quoi faire ni où aller. C’est très frustrant et souvent injustifié. Chercher son chemin n’est pas un jeu. Et ça arrive souvent. Bien trop souvent. Alors oui, on veut savoir la suite et le fin mot de l’histoire. Mais on sent que certains joueurs ne seront pas aussi cléments et d’un côté on ne peut les blâmer. De notre côté on s’est retrouvé obligé à un moment de trouver une solution sur un site en japonais en passant par Google Translate pour pouvoir continuer sans quoi on était bloqué. Cela aurait été dommage vu la fin du jeu complètement WTF comme seuls les Japonais en ont le secret.

Les contrôles ne sont pas les meilleurs non plus mais ils font l’affaire. On a un bouton pour lancer un cri mais il ne nous a jamais servi. Le maniement change quelque peu lors des passages en véhicules qui heureusement ne sont pas très nombreux. Mais le bateau gonflable est une horreur, vous verrez.

Le reste de la technique

Si Disaster Report 4 sort du lot par son thème et son gameplay (qui rappelle quelque peu Shenmue sans les QTE) d’enquête, il est plombé par une réalisation datée. Les visages sont horribles, les animations incomplètes, les collisions ratées, les bruitages à la ramasse. C’est bien simple, on est face ici au Deadly Premonition de 2020. Pour ceux qui ne comprennent pas la référence, Deadly Premonition est un jeu extraordinaire de 2010 mais qui avait 10 ans de retard sur la technique. C’est la même chose ici. On dirait un jeu Dreamcast, PS2 ou au mieux début de l’ère PS3. Remarquez, il devait sortir sur PS3.

En tout cas on est ravi que les musiques soient inexistantes la plupart du temps. Eh oui, dans la vraie vie, on n’a pas de musique d’ambiance. Eh bien, là non plus et c’est très bien comme ça.

Cela dit, au terme de notre partie d’une quinzaine d’heures, on en garde le souvenir d’un jeu extraordinaire surtout sur ce qu’il raconte et comment il a été conçu pour être stoppé par l’événement même qu’il décrivait. De plus, le fait qu’il décrive le Japon sous tous ses aspects même les moins reluisants en fait une production à part.

Nous le recommandons pour sûr mais attendez une baisse de prix, 80$ pour un jeu aussi daté c’est un peu du vol même si les plus valeureux en ressortiront grandis.

Verdict

Les plus

  • La variété des situations
  • Le réalisme
  • Une tension de chaque instant
  • Un miroir du Japon moderne sous tous ses aspects
  • La fin complètement folle

Les moins

  • La technique datée
  • Le frame rate affreux et instable sur Switch et PS4
  • On cherche souvent son chemin

Note finale 7 / 10