Alone in the Dark, série horrifique créée par Frédérick Raynal, a disparu des écrans radars depuis bientôt 5 ans. Rétrospective et ébauche d’explication.

La French Touch à son meilleur

Du début des années 80 jusqu’au milieu des années 90, le jeu vidéo à la française était synonyme de qualité. Des noms comme Ère Informatique, Delphine Software, Adeline Software, Infogrames suffisaient à faire palpiter le cœur des joueurs. On parle d’un temps où Ubisoft n’était qu’un petit joueur. C’était également une période où les jeux étaient conçus par de toutes petites équipes un peu comme les indépendants de maintenant. À la différence que ceux d’avant développaient ce qu’on qualifiait de AAA à l’époque dans le sens économique du terme. Rien à voir avec la qualité.

On peut citer des titres comme l’Arche du Captain Blood, la myriade de jeux inspirés de BD franco-belges comme Tintin ou Astérix. C’était le bon vieux temps… Avant que les Canadiens et surtout les Québécois ne leur volent la vedette. Mais c’est une autre histoire.

Alone in the Dark – Période Infogrames

C’est dans ce contexte qu’Alone in the Dark est né, au sein d’Infogrames, tout près de Lyon en France. Projet de son auteur et créateur, Frédérick Raynal, il n’est au début qu’un défi technique. L’intrigue de cet épisode fondateur est placé dans un manoir des années 20 à la fois pour instaurer une certaine ambiance et également pour éliminer des défis techniques liés, entre autres, à l’électricité. Le jeu parait en 1992 sur PC DOS puis l’année suivante au Japon et enfin en 1994 sur Mac et même 3DO.

Ce succès, autant critique que commercial — plus de 2,5 millions d’unités vendues en date de janvier 2000 selon Libération— conduit indéniablement à une suite. Mais Raynal et Bonnell, fondateur d’Infogrames, ne voit pas du tout les choses du même œil. Ce désaccord conduit le développeur à quitter l’entreprise pour fonder, avec d’autres transfuges, Adeline Software.

Quoi qu’il en soit, Alone in the Dark 2 sort sur PC en 1993 au terme de moins d’un an de développement durant lequel l’équipe a même le temps de concevoir Jack in the Dark. Très similaire au premier volet, il ne sera pas autant célébré. Il voit le jour également en 1996 sur PlayStation et Saturn sans amélioration aucune s’attirant les foudres des joueurs. Surtout qu’en face il y avait le révolutionnaire Resident Evil. Lequel s’est inspiré, très largement du premier épisode de la série d’Infogrames.

Enfin en 1994, c’est au tour d’Alone in the Dark 3 de pointer le bout de sa 3D. Premier de la série à sortir uniquement sur CD-ROM, il pâlit néanmoins face à la concurrence. Malgré son univers western attachant, sa technique parait datée surtout pour les personnages et leurs animations lentes. C’est sur cette note peu glorieuse que s’achève l’ère Infogrames de la série.

Alone in the Dark The New Nightmare

Il faudra attendre 2001 avant de pouvoir poser les mains sur un nouveau jeu estampillé Alone in the Dark. Sous titré The New Nightmare, ce volet est plus un reboot qu’autre chose et sort sur PlayStation, PlayStation 2 (seulement en Europe), Dreamcast, PC et même Game Boy Color. Développé par le studio parisien Darkworks (Cold Fear), The New Nightmare se déroule le 31 octobre 2001 et met en scène un Edward Carnby bien jeune à la recherche du meurtrier de son ami détective, Charles Fiske. S’il est de notoriété publique que Resident Evil est basé sur les travaux de Raynal, c’est bien l’inverse qui est arrivé. Des plans de caméra aux énigmes, on sait où les développeurs sont allés chercher leur inspiration. Une suite est mise en chantier mais annulée au dernier moment.

Alone in the Dark The New Nightmare dreamcast gameplay

Alone in the Dark 2008

Puis c’est le calme plat. Le premier à vrai dire. Ce n’est que bien des années plus tard que l’on apprend que les Lyonnais d’Eden Games (Test Drive Unlimited) travaillent sur un nouveau jeu issu de la licence. Entre temps, une adaptation cinématographique de l’inénarrable Uwe Boll sort en salles en 2005. Cette pseudo-suite de The New Nightmare à la hauteur de sa réputation donc très mauvaise. Le nouveau jeu, sobrement intitulé Alone in the Dark, adopte un format pseudo-épisodique. C’est à dire que chacun des niveaux est un épisode comme dans une série. Mais tous les épisodes sont disponibles dès le départ contrairement à The Walking Dead de TellTale par exemple.

Quoi qu’il en soit, cette production qui sort sur Xbox 360, PC mais aussi PlayStation 2 et Wii en juin 2008 n’est vraiment pas extraordinaire. L’action se déroule dans un contexte contemporain donc moderne mais est plombée par un gameplay rigide et de nombreux bogues. Mais surtout, le Dark n’a plus de raison d’être tellement le jeu est lumineux pour mettre en avant la technologie rendue possible par le moteur de jeu. Les bogues seront corrigés dans la version PlayStation 3 qui sort 6 mois plus tard mais le mal est fait.

alone in the dark

Alone in the Dark Illumination

Nouvelle traversée du désert (si on ne compte pas l’abominable film Alone in the Dark II de 2009). Jusqu’à ce qu’en août 2014 Atari (racheté par Infogrames en 2001) annonce un nouveau jeu. Alone in the Dark Illumination sort en 2015 dans l’anonymat, voulu par son éditeur, le plus total. C’est un jeu de tir à la troisième personne uniquement jouable en ligne mettant l’accent sur le multi joueur et la coopération. On n’est donc plus vraiment Alone… Incarnant au choix l’un des quatre personnages disponibles dont Ted Carnby, l’un des descendants d’Edward (voire Edward lui-même tant la ressemblance avec le héros du volet précédent est frappante), les joueurs doivent survivre à des vagues de monstres.

N’y allons pas par quatre chemins, c’est nul. Avec une note de 19/100 sur Metacritic nous sommes sûrs de ne froisser personnes. Le jeu veut marcher sur les traces de Left 4 Dead, grand bien lui fasse. Seulement voilà, il a juste 7 ans de retard.

alone in the dark illumination

Va-t-on revoir la série un jour?

Si l’on considère que cela fait plus d’une décennie maintenant que l’on n’a pas eu un jeu Alone in the Dark digne de ce nom, on peut résolument croire la série morte et enterrée. Malgré cette ressortie d’outre-tombe en 2014-2015 pour nous pondre cet immondice qu’est Illumination, il y a peu d’espoir de revoir un jour ce pionnier d’un genre nouveau refaire parler de lui en bien. Et ce n’est pas son créateur originel qui pourra le faire non plus…

En attendant, si vous êtes curieux d’essayer quelques épisodes, sachez qu’ils sont tous disponibles sur Steam . Du côté de GOG.com, la trilogie originale est disponible sous forme de bundle. Le site propose également The New Nightmare pour le même prix. Malgré une apparition éclair du premier volet sur iOS en mai 2014, il n’est désormais plus disponible malgré l’existence de la page iTunes.

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