En cette journée internationale des droits des femmes penchons-nous sur la place de ces dernières dans le jeu vidéo

Dans l’industrie

Contrairement à la croyance populaire, les femmes ont de tous temps eu de l’intérêt pour l’informatique, la programmation et par extension, le jeu vidéo. Margaret Hamilton, par exemple, a rédigé en 1969, à la main, le code du logiciel de navigation utilisé dans les missions Apollo. Plus proche de nous, Sierra a été fondé par Ken et Roberta Williams. Cette dernière est à l’origine du premier jeu d’aventure graphique, Mystery House, publié en 1980. Toujours dans les jeux d’aventure, on doit Gabriel Knight à Jane Jensen. On doit certains des meilleurs jeux a des femmes.

 

Dans une époque plus contemporaine on peut citer la présence Rhianna Pratchett, fille du célèbre écrivain Terry Pratchett, ou encore Amy Hennig, toutes deux scénaristes. Elles ont ainsi œuvré sur des séries aussi célèbres que Beyond Divinity, Mirror’s Edge, Uncharted, ou encore Legacy of Kain.

Malheureusement, si les femmes sont de plus en plus représentées dans l’industrie, le jeu vidéo reste encore un milieu très masculin. Heureusement de nombreuses représentantes de la gent féminine milite activement pour les droits des femmes dans l’industrie et pousse à l’égalité entre les sexes. À Montréal par exemple on peut compter sur Pixelles Montréal, l’incubateur féminin et inclusif qui permet à de nombreuses femmes de découvrir les coulisses du jeu vidéo grâce à des ateliers animés par Elaine Gusella ou Rebecca Cohen-Palacios. Les femmes sont également à l’impulsion ou à la tête de nombreux studios indépendants. On pense à Kitfox Games avec Tanya Short. Mais aussi à Tali Goldstein qui a dirigé Minority Media avant de se consacrer à Casa Rara. En France, ce n’est qu’en 2017 que la version française de Women In Games a vu le jour!

Quelques chiffres

En 1989, une étude révélée par Variety montrait que les développeuses ne représentaient que 3% de l’industrie du jeu vidéo. 20 ans plus tard en 2009, ce n’est guère mieux au Royaume Uni où ce chiffre ne montait qu’à 4%. Il reste donc un sacré chemin à parcourir.

Pire encore, d’après un sondage réalisé en 2014 par nos éminents confrères de Gamasutra, les développeuses américaines ne gagnaient pas autant que leurs confrères masculins. À travail égal, en moyenne, ces dernières n’empochaient que 86% du salaire. Les conceptrices de jeu étaient les plus chanceuses avec 96% du salaire perçu là où les travailleuses du domaine audio n’en percevaient que 68%! Ces chiffres alarmistes étaient encore vrai il y a quatre ans et nul doute que ça n’a malheureusement guère bougé depuis.

Dans les jeux vidéo

Mais lorsqu’on parle de représentation des femmes dans les jeux eux-mêmes, ce n’est pas mieux. Entre des personnages hyper-sexualisés et le cliché de la demoiselle en détresse, c’est toujours la même rengaine. Les japonais sont les plus fautifs à ce niveau. On se souvient du moteur physique des seins des joueuses dans Dead or Alive Xtreme Beach Volleyball, de la possibilité de les faire bouger grâce au SIXAXIS dans Ninja Gaiden Sigma 2 sur PlayStation 3 ou encore des personnages féminins de SoulCalibur. Mais les occidentaux ne font guère mieux. Les armures des femmes dans la majorité des MMORPG suivent la logique du “moins il y a de tissu, plus on est protégé”. À croire que la peau est la meilleure protection…

Cela étant dit, certains développeurs essayent de tordre le cou à ces clichés comme Michel Ancel avec Beyond Good and Evil. Il nous présentait Jade, une journaliste badass et réaliste. On peut également penser à la Lara Croft nouvelle génération qui n’est plus la bimbo des années 1990 mais une survivante. Bayonetta est un cas à part. Elle est à la fois hyper-sexualisée mais également tellement badass avec une répartie bien sentie. Les poses lascives et suggestives auraient certes pu être évitées mais c’est dans son caractère si l’on ose dire. Il faut savoir que les développeurs japonais de Platinum Games avaient une intention particulière. Ils voulaient créer un personnage pour satisfaire les joueurs occidentaux. C’était malheureusement  trop “japonisant” au goût de ces derniers en 2010.

Les joueuses

Terminons ce tour d’horizon par les joueuses. Pour les adeptes de l’esport, un article est disponible sur la situation des femmes dans ce milieu.

En 2016, la plupart des pays ont un rapport égalitaire lorsqu’il est question de consommation de jeu. Au Canada les joueuses représentaient 49% des joueurs en 2016, alors que ce chiffre n’atteignait que 46% en 2012. En France, en Espagne et au Royaume Uni, elles dépassent les hommes où elles représentaient en 2016, 52%, 55%, et 58% respectivement. Il n’y a qu’aux États-Unis où leur représentation est en constante baisse passant de 47% en 2012, à 45% en 2013, puis à 41% en 2016.

Nul doute que les jeux mobiles, et occasionnels tels que Candy Crush Saga, ou la Wii de Nintendo ont encouragé de plus en plus de femmes à s’adonner à ce noble loisir. Cependant, il ne faut pas faire l’amalgame que l’on voit pourtant trop souvent et qui consiste à dire que les femmes ne jouent qu’à ce type de jeu ou aux Sims. Comme dit dans l’article sur les femmes dans l’esports, des championnes comme Stéphanie Harvey ont bien mérité leurs galons. Nombre d’entre nous subirait une cuisante défaite en nous en prenant à elle à Counter Strike ou d’autres jeux. C’est pareil pour d’autres titres comme SoulCalibur ou Super Smash Bros. où les femmes mettent de belles volées à leurs homologues masculins.

Mais les préjugés ont la vie dure. Trop souvent on entend encore que les femmes “ne savent pas jouer” ou des joueurs masculins s’étonner de découvrir que des femmes jouent à des FPS ou des jeux de combat et sont parfois meilleures qu’eux. On est sur le bon chemin mais la route est encore très longue.