Artcade 2019 : Du jeu vidéo expérimental s’invite à l’Université Concordia

Le bâtiment EV de L’Université Concordia accueillait en fin juillet l’exposition Artcade 2019. Organisé par le collectif de développeurs de jeux vidéo: Flop, en coopération avec le centre de recherche et de création de jeux vidéo: TAG (Technoculture, Art and Games), cet événement a pour objectif principal de permettre aux développeurs de jeux vidéo expérimentaux de tous milieux de montrer au public leurs créations, d’exposer des formes alternatives et diverses de jeux vidéo et d’inviter les visiteurs à réfléchir à la manière dont ces derniers pourraient être envisagés comme une forme d’art. Nous nous sommes rendus sur place pour nous essayer à ces créations et discuter avec certaines des personnes derrière l’initiative. 

Artcade, ou la mise en valeur du jeu vidéo expérimental

Quand on parle de jeux vidéo, on pense instantanément aux League of Legends, World of Warcraft et The Legend of Zelda de ce monde. Cependant, qui a dit que l’univers vidéoludique se limitait aux grosses productions de studios triple A? À Montréal, une scène de développeurs passionnés envisage le jeu vidéo comme plus qu’un simple moyen de divertissement et explore encore et toujours l’étendue de son potentiel. Ils le mêlent avec des formes de jeux plus traditionnelles, le transforment en un art contemplatif ou l’utilisent comme forme d’art engagé pour véhiculer des messages politiques, entre autres. C’est cette diversité et cette nature polyvalente du jeu vidéo qu’a voulu mettre en valeur l’exposition Artcade 2019 présentée par Flop, collectif de développeurs, en coopération avec le TAG, centre recherche et de création de jeux vidéo. Sur la terrasse du bâtiment EV de l’Université Concordia, les organisateurs de cet événement original ont exposé pas moins de 21 jeux, sélectionnés pour leur caractère hors du commun et développés par des artistes de tous profils. Professionnels de l’industrie, étudiants ou amateurs de développement de jeux vidéo s’y sont tous réunis pour montrer leurs talents au public montréalais et lui prouver que le jeu vidéo est un art au potentiel immense et encore largement inexploré. C’est en tout cas ce que nous  a confié Simon-Albert Boudreault, l’un des cerveaux derrière l’organisation de cet événement avec qui nous avons pu discuter. 

«Flop est un collectif de développeurs. On se rencontrait à chaque mois pour se présenter mutuellement les prototypes sur lesquels on travaillait. Mois après mois, on s’est rendus  compte qu’il existait une quantité incroyable d’excellents jeux créés par des individus sortis de nulle part qui sont développés, puis stockés quelque part dans un disque dur et oubliés. Il y’a quelque chose de vraiment important dans ces jeux là qu’on a besoin de partager. […] il devrait y avoir une scène pour les jeux alternatifs et expérimentaux, et c’est ce que nous voulons construire»

Nous avons pu discuter avec Simon-Albert Boudreault, l'un des créateurs de l'événement. 
Crédit photo: Vjosana Shkurti
Nous avons pu discuter avec Simon-Albert Boudreault, l’un des créateurs de l’exposition Artcade.
Crédit photo: Vjosana Shkurti
L’exposition Artcade met de l’avant des jeux expérimentaux proposant des manières alternatives d’envisager le jeu vidéo.
Crédit photo: Vjosana Shkurti

L’espace d’exposition ne manquait en tout cas certainement pas de jeux au caractère inédit. Plusieurs d’entre eux nous ont notamment tapés dans l’oeil de par leur originalité, tant au niveau technique qu’au niveau artistique. Sur la terrasse même, une version modifiée de Pong, l’un des premiers titres de toute l’histoire du jeu vidéo, était installée et disponible à tous. Dans cette version insolite, les créateurs ont voulu inviter les joueurs à interagir différemment avec la machine en éliminant les manettes classiques de l’équation. Pour les remplacer, deux équipes de deux personnes devaient s’asseoir sur des balançoires à bascule pour enfant et se coordonner pour faire bouger les barres verticales de chaque côté de l’écran. On obtenait ainsi une expérience particulièrement amusante et originale en 2vs2, mêlant de manière habile le jeu vidéo avec une forme de jeu des plus traditionnelles. 

Sur la terrasse du bâtiment EV de Concordia, une version de Pong contrôlée par des balancelles pour enfants était installée. 
Crédit photo: Vjosana Shkurti
Sur la terrasse du bâtiment EV de Concordia, une version de Pong contrôlée par des balançoires à bascule pour enfants était installée.
Crédit photo: Vjosana Shkurti

Les jeux contemplatifs occupaient également une place importante dans l’exposition. Nous avons pu nous essayer à plusieurs créations pour lesquelles l’essentiel du gameplay consistait simplement à se déplacer et à admirer les travaux de lumières et de textures réalisés par les artistes. On est bien évidemment très loin d’un jeu à rythme accéléré à la Overwatch, mais ces oeuvres s’inscrivent dans l’objectif que l’événement s’est fixé d’explorer ce que le jeu vidéo pourrait être en tant qu’art plutôt que de reproduire les codes classiques de l’industrie. Dans Paintings.ini de Lazlo, par exemple, le joueur se promène simplement entre différents tableaux en 3D. Chaque objet disposé sur le tableau est transparent et fait office de filtre de couleur permettant d’observer la scène d’un nouvel angle et d’une toute autre perspective. Dans Au sortir d’une léthargie incandescente, le jeu développé par Simon-Albert lui-même, on explore en solitaire une forêt déserte à l’ambiance envoûtante. Au hasard de notre promenade dans cet univers mystérieux, on se retrouve en tête à tête avec un cerf géant, maître des lieux nous accueillant dans son monde virtuel. Outre ces quelques titres, l’exposition mettait en valeur de nombreux autres jeux, tous insolites de par leurs mécaniques, leurs gameplays, leurs travaux visuels et, d’une manière générale, leur revisite du genre vidéoludique. 

«Ces jeux là ont autant d’importance que les gros jeux. Il abordent des thèmes personnels qui seraient impossibles à explorer si 100 ou 200 personnes travaillaient dessus», nous a confié Simon-Albert lors de notre entrevue. «On cherche des jeux expérimentaux, des jeux qui ont une voix, qui essaient quelque chose de nouveau. Cela peut être des jeux très narratifs, très mécaniques, très secs, très sérieux, très peu sérieux…»

Tête à tête avec le roi de la forêt dans Au sortir d’une léthargie incandescente de Simon-Albert Boudreault.
Dans Paintings.ini de Lazlo, on se promène dans des tableaux en 3D parsemés d’objets de couleurs transparents faisant office de filtres de lumière

Susciter l’intérêt général

L’exposition est loin d’être inconnue des principaux acteurs de la scène du développement de jeux vidéo montréalaise. Artcade a reçu le soutien de nombreux studios majeurs tels que Ubisoft, Square-Enix , Behaviour Interactive ou Ludia. Comme nous l’a mentionné Simon-Albert : 

«Notre public et celui des studios montréalais se croisent beaucoup, on s’est donc dit que nous allions faire quelque chose ensemble. Nous avons commencé à leur parler, et ils ont tout de suite montré un grand intérêt. C’est très encourageant et validant pour nous. Cela nous montre que nous existons dans le même monde que ces studios, et que nous ne sommes pas considérés comme une bande  d’amateurs isolés ». 

Outre les acteurs de la scène du jeu vidéo et les gamers, qui sont traditionnellement les principaux intéressés par ce type d’événement, Artcade aspire à attirer le grand public et à démontrer à des personnes non familières avec l’univers du jeu vidéo qu’il s’agit là d’une forme d’art au potentiel énorme. C’est là l’un des objectifs principaux de l’exposition. 

« Le grand public a aussi un espace ici. Souvent, les événements liés aux jeux vidéo sont juste dédiés aux gamers ou aux développeurs, et il est très dur d’aller chercher ceux et celles qui sont moins familiers avec cet univers. De notre point vue, nous montrons de l’art. […] Présenté comme ça, cette exposition paraît moins intimidante. Une personne qui ne s’y connait pas en jeu vidéo aura plus envie de venir s’y essayer. On veut prouver que le jeu vidéo peut engendrer une grande créativité et ne se limite pas seulement à Fortnite, Assassin’s Creed ou Need for Speed. Si la personne a ce déclic là, c’est que nous avons fait notre travail. » , nous a expliqué Simon-Albert. 

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Outre les joueurs passionnés, l’exposition Artcade souhaite montrer au grand public l’immense potentiel artistique des jeux vidéo.
Crédit photo: Vjosana Shkurti
Crédit photo: Vjosana Shkurti

De grandes ambitions pour le futur de Artcade

Avec le nombre toujours croissant de développeurs de jeux vidéo talentueux et le fort soutien de leurs partenaires dans l’industrie, les membres du collectif Flop comptent bien faire grandir leur événement dans les années à venir. Lancé pour la première fois en mars 2018, Artcade reste une exposition très jeune et n’en est qu’à sa troisième édition. Simon-Albert entend cependant bien en faire un événement de taille majeure dans le futur. L’objectif ultime serait, pour lui, d’organiser une véritable convention du jeu expérimental à Montréal.

« Ce genre d’organisation grandit très lentement et ça ne fait qu’un an et demi que nous existons, mais nous voulons continuer à représenter la communauté des développeurs solo, des auteurs et des artistes en leur donnant une voix et une reconnaissance. Sur le long terme, on aimerait refaire cet événement sous la forme d’un festival sur plus d’un soir. », nous a-t-il confié lors de notre conversation.

La prochaine édition de Artcade aura lieu l’an prochain. Si le lieu et la date exacte restent encore à ce jour inconnus, soyez aux aguets pour ne pas manquer ce rendez-vous insolite du jeu expérimental montréalais! Nous vous y retrouverons pour apprécier avec vous le talent de nos développeurs locaux.

Exposition Artcade 2019 en vidéo!


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