Entrevue avec Philippe des Pallières et Hervé Marly les créateurs du Loup-Garou

Jeux de société
Publié le 14 août 2017 à 15:30

Le 29 juillet dernier, dans le cadre du Mondial des Jeux Loto-Québec, l’Agora de l’UQÀM a eu l’immense honneur d’accueillir les deux auteurs du célèbre jeu Les Loups-Garous de Thiercelieux, messieurs Philippe des Pallières et Hervé Marly. J’ai eu la chance de leur poser de nombreuses questions. Durant ma discussion avec ces deux personnages, je n’ai même pas eu à utiliser mes dons de voyance pour obtenir les informations que je voulais!

source : Mondial des jeux Loto-Québec

Sébastien Tremblay (ST) – En lisant les différentes invitations à l’événement La Grande Nuit des Loups-Garous de Thiercelieux de ce 29 juillet, j’ai compris que c’était votre première fois à Montréal… Comment s’est passé le voyage? Comment trouvez-vous la ville?

Philippe des Pallières (PdP) – C’était notre première fois ensemble. Accueil très chaleureux. Impressionné par l’ambiance du Festival Juste pour rire et des différentes animations autour du festival. On a découvert l’ambiance des « vacances de la construction ». C’est le « fun ».

ST – Vous êtes les auteurs de plusieurs jeux, nous en reparlerons un peu plus tard… mais le jeu le plus populaire que vous ayez conçu est sans aucun doute Les Loups-Garous de Thiercelieux. Vous attendiez-vous à un aussi grand succès au moment de le faire paraître?

Hervé Marly (HM) – Comme trop rarement dans la vie, la réalité a dépassé nos rêves les plus fous. Jamais nous n’aurions imaginé ce succès planétaire, surtout lorsque nous fabriquions à la main les 300 premières boîtes dans l’arrière-cuisine de la maison de Philippe et Caroline à Thiercelieux, le week-end et après les heures de travail.

PdP – On ne s’attendait pas à un tel engouement. Au moment où nous en avons parlé avec Hervé, c’est sûr que je me disais que cela pourrait être un sacré petit succès local. Mon rêve absolu était de vendre 5000 exemplaires par an pendant une dizaine d’années. Nous voilà, après 17 ans, assis sur une pile de plus de trois millions et demi de boîtes vendues.

ST – Selon vous, qu’est-ce qui fait que ce jeu a aussi bien fonctionné et fonctionne toujours? C’est tout de même sorti en 2001, une éternité dans notre monde d’aujourd’hui qui va toujours plus vite et dans lequel l’offre de jeux de société foisonne sur les tablettes des boutiques… Quel est le secret de sa longévité?

HM – On ne vous le dira pas! Et, surtout, si on connaissait le secret, on le garderait pour nous! Peut-être que le succès du jeu a été l’étonnante réaction des joueurs qui se sont appropriés l’univers d’une façon totalement spontanée comme si cela leur était naturel.

PdP – Une piste tout de même : au début de l’« hyper-virtualisation » des jeux, même si on nous traitait de fous, c’était finalement une bonne idée de sortir un jeu de groupe qui permettait de réunir beaucoup de gens autour d’un feu de camp ou d’une table.

 

source : Mondial des jeux Loto-Québec

ST – D’où vous est venue l’idée de ce jeu? Quel a été le processus de création?

PdP – Comme nous l’avons marqué sur la première boîte du jeu, ce jeu n’est pas tombé du ciel. Il est inspiré d’un jeu soviétique dont une des traductions du nom est Mafia. Hervé m’a fait jouer à ce squelette de jeu un soir à Thiercelieux, un petit goût très intéressant, mais un peu sec; ce n’était pas encore vraiment un jeu. Chacun dans notre coin, nous avons passé l’été à réfléchir pour que cela devienne un jeu de société. On s’est revus et on a constaté que nos approches étaient suffisamment proches pour que nous décidions de commencer l’aventure ensemble. Hervé étant comédien de théâtre d’improvisation à ses heures perdues, et moi ayant fait de la mise en scène dans une troupe de théâtre, la part spectaculaire nous semblait très importante. L’autre aspect très important était que nous voulions que ce jeu touche toutes les générations, que les enfants puissent jouer très jeunes et que les grands-parents soient amusés. C’est donc tout naturellement que nous nous sommes inspirés des contes traditionnels.

ST – Depuis la parution de la version originale, plusieurs extensions ont été publiées… Comment faites-vous pour en créer?

PdP – Comme nous voulions un jeu assez pur et jouable par beaucoup de gens, nous nous sommes longtemps opposés à l’idée de faire des extensions. Devant le succès du jeu, nous nous sommes rendus compte qu’il fallait nourrir les admirateurs! Pour créer, il suffit que j’invite Hervé une semaine à la maison! On fait plein de choses qui n’ont rien à voir et, les deux derniers jours, nous avons plein d’idées.

ST – Est-ce que vous travaillez sur une prochaine extension?

PdP – Pas encore. Ces derniers temps, après Personnages, Le Pacte et le Best of, qui se sont succédé assez rapidement, on se calme un petit peu pour que les vendeurs comprennent quoi vendre à qui.

HM – On a toujours des idées d’extensions dans la tête, mais nous nous sommes mis comme contrainte de n’en sortir que si nous pensions qu’elles amenaient quelque chose d’évident et d’essentiel.

ST – Pour revenir au processus de création, qu’est-ce qui a été le plus facile? Le plus difficile?

HM – Le plus difficile a été de réduire le nombre d’idées qui nous venaient à l’esprit pour en garder l’essentiel.

PdP – Le plus facile a été de convaincre les joueurs! Le plus difficile a été de convaincre les éditeurs, le milieu du jeu, et même les magasins. Par exemple, notre distributeur français actuel a mis 5 ans pour accepter l’idée que ce pourrait finalement être un succès. Et si nous ne nous étions pas mis au travail nous-mêmes…

ST – Ici, vous faites sans doute référence à la maison d’édition que vous avez créée? Qu’est-ce qui vous a incité à fonder Lui-même?

PdP – Je m’étais toujours dit que j’essayerais d’éditer des jeux quand je me sentirais prêt. Au bout d’une quinzaine d’années d’expérience dans le milieu du jeu, j’ai commencé ma maison d’édition et mon premier jeu n’est pas Les Loups-Garous de Thiercelieux. Il s’agit d’un jeu glorieusement oublié, qui s’appelait Joyeux anniversaire. Après maintes péripéties, j’étais en train de me demander si j’allais fermer ma maison d’édition, quand soudain…

ST – Heureusement qu’il y a eu Les Loups-Garous de Thiercelieux! Cela a relancé votre maison d’édition, qui a depuis fait paraître plusieurs jeux… Selon la page Facebook de Lui-même, la « rejouabilité » est un critère d’édition important. Quel jeu de Lui-même, autre que Les Loups-Garous, correspond le mieux à ce critère et pourquoi?

PdP – Soyons gentils puisque mon copain est à côté de moi… Skull, vraiment, est un jeu hyper rejouable! Et d’ailleurs, c’est encore un jeu dont le succès monte chaque année.

source : Mondial des jeux Loto-Québec

ST – Pouvez-vous nous parler des autres jeux que vous avez fait paraître?

HM – Chez Lui-même : Skull & Roses qui est devenu Skull. Chez d’autres éditeurs : Petits meurtres et faits divers, le Fictionnaire, Twinz, Watizit et The Phantom Society. Donc une petite production… je suis assez lent!

PdP – Je suis l’auteur d’environ 35 jeux édités, je ne me rappelle pas de tous. Je me souviens évidemment du premier : Armada, sorti il y a près de 32 ans… Les autres titres les plus connus : La Guerre des moutons, Objets trouvés, Shazamm, des jeux plus anciens comme Haut les nains!, Vertigo, Totem, etc…

ST – Pour certains de vos jeux, vous avez gagné le prix de l’As d’or remis lors du Festival International des Jeux de Cannes… Qu’est-ce qui vous rend le plus fier? Y a-t-il d’autres prix qui vous ont particulièrement touchés?

PdP – Le prix du public de Cannes pour Les Loups-Garous de Thiercelieux et Objets Trouvés qui a reçu le prix du public de Saint-Herblain.

ST – Avant de conclure en parlant de l’événement du Mondial des Jeux Loto-Québec pour lequel vous êtes à Montréal, j’ai quelques dernières questions sur Les Loups-Garous de Thiercelieux… Quel est votre personnage préféré et pourquoi? Celui que vous aimez le moins?

HM – Aussi difficile que de demander à des parents quel est leur enfant préféré…

PdP – Aussi difficile que de demander à des joueurs quel est leur jeu préféré…

ST – Pourquoi de Thiercelieux? Qu’est-ce qui vous a amené à situer le jeu dans un tel lieu?

PdP – C’était le village où j’habitais quand nous avons travaillé sur ce jeu. Nous n’avons pas cherché longtemps d’autres noms tellement celui-ci nous a semblé évident.

HM – Il faut dire qu’on avait trouvé pas mal de personnages dans le petit bois derrière la maison de Philippe. Y avait-il une atmosphère magique dans cet endroit?

PdP – Il est vrai qu’à une époque, une bande de jeunes admirateurs avait campé dans les bois de Thiercelieux pour faire une partie…

source : Mondial des jeux Loto-Québec

ST – Si vous le voulez bien, sortons des bois obscurs de Thiercelieux pour revenir à Montréal et à La Grande Nuit des Loups-Garous de Thiercelieux du 29 juillet… Est-ce qu’il y avait des règles ou un déroulement spécifiques? Qu’y avait-il de particulier à noter?

HM – La spécificité de la soirée Loups-Garous de Montréal a été le synchronisme de tous les villages (une dizaine), des alternances des journées et des nuits, puis une table finale sur une scène avec un public qui était responsable du vote du village.

PdP – Pendant que les Loups-Garous et autres méchancetés intervenaient, un rideau était tiré, et au matin, après la révélation des victimes, ce sont les spectateurs qui votaient pour savoir qui allait être éliminé, les joueurs n’étant que des influenceurs du public votant. Cela a bien fonctionné et j’aimerais surtout dire que le public montréalais est un des meilleurs publics du monde!

PdP et HM – La soirée a été organisée par le Mondial des Jeux Loto-Québec, avec le concours de la boutique de jeux Le Valet d’Cœur qui a recruté une dizaine d’animateurs merveilleux [NDLR : auprès de partenaires du Randolph et de La Récréation]. Hervé était l’animateur en chef et Philippe le trublion [NDLR : un animateur provocateur qui semait le trouble]. Un grand merci à Shady Ramsis et à Patrick Rozon, et à tous les gens merveilleux dont nous avons oublié le nom.

ST – Un gros merci à vous, messieurs des Pallières et Marly, pour vos réponses très généreuses et inspirantes. Je vous souhaite une bonne fin de séjour à Montréal et beaucoup de succès dans vos projets futurs. D’ailleurs, comme mot de la fin, est-ce que vous avez des informations à nous offrir sur ce qui s’en vient pour vous?

PdP et HM – Bien sûr, nous sommes sur des projets, mais nous ne pouvons pas encore en parler, ni l’un ni l’autre.

ST – Même si je vous dis que depuis le début de l’entretien, je suis la voyante?

PdP et HM – Bel essai! Mais non, désolé… et attention à vous lors de la prochaine nuit… Sur ce, merci pour l’agréable entretien et au plaisir de revenir sur Montréal un de ces jours.