Age : 13+
Nombre de joueurs : 1 à 4
Durée : 30 à 45 minutes par joueur
Auteur : Vital Lacerda
Illustrateur : Ian O’Toole
Éditeur : Eagle Gryphon Games
Année : 2017
Langue : Anglais

Lisbonne, Portugal, le 1er novembre 1755. En cette journée de la Toussaint, un tremblement de terre d’une magnitude évaluée entre 8.5 et 9 sur l’échelle de Richter, frappe la ville à 9 h 40. S’ensuit un tsunami avec plusieurs vagues de 5 à 15 mètres de hauteur. Puis, pendant trois jours, les parties de la ville n’ayant pas été touchées par le tsunami brûlent. Cette catastrophe a fait entre 50 000 et 70 000 victimes, soit près de 25 % de la population de la ville à cette époque.

T ST Lisboa Photo
Crédit photo : Steff Thouin

Dans Lisboa, vous vous retrouvez au lendemain de cette catastrophe. Le roi ayant décidé que la ville devait être reconstruite, les travaux doivent commencer. En tant que courtisan auprès de la noblesse, vous y participerez donc, en usant de votre influence sur le roi Joseph 1er, le marquis de Pombal ainsi que l’architecte Manuel de Maia, à la reconstruction de la ville entre 1755 et 1777.

Le déroulement du jeu

T ST Lisboa Photo
Crédit photo : Steff Thouin
T ST Lisboa Photo source google maps
Crédit photo : GoogleMaps

La reconstruction se déroule ainsi : on joue une carte, on réalise une action, on pige une carte. Puis, l’action choisie mène vers une série de deux à sept opérations à réaliser. Le roi, le marquis et l’architecte (les nobles) composent les cartes utilisées. Des cartes de trésorerie permettront également de réaliser d’autres actions. Chacune des cartes porte une mention historique, relatant des faits sur la reconstruction de la ville. Les cartes des nobles seront jouées dans le but d’aider à la reconstruction de la ville. Nettoyer les dégâts, construire de nouveaux commerces et bâtiments publics, produire des ressources, font partie des actions disponibles au joueur. Une fois que le joueur aura payé des points d’influence, il pourra avoir un entretien avec le noble choisi, dans le but de réaliser une action dans la ville.

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Crédit photo : Steff Thouin

Comme la religion était très présente à cette époque, le clergé est également représenté dans Lisboa. Une visite chez le Cardinal vous permettra d’ajouter des tuiles à votre plateau de joueur, vous aidant ainsi dans votre parcours de reconstruction de la ville. Le cardinal aidera également l’économie à se redresser durant la partie.

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Crédit photo : Steff Thouin

Le matériel

Le plateau, séparé en deux parties, représente la partie de la ville que  les joueurs doivent reconstruire. La partie de droite, que vous pouvez voir dans l’image ci-contre, est une reproduction fidèle du centre de la ville, tel que dessiné dans les plans de reconstruction. Les joueurs y placeront des tuiles, représentant les commerces par lesquels les ressources pourront être produites. Les couleurs du plateau, en adéquation avec le style de  l’époque, peuvent être lourdes à supporter au départ. Mais après quelques tours de jeu, l’iconographie très claire permet de s’y retrouver facilement.

Chaque joueur dispose également d’un plateau personnel. Les cartes, ressources produites, tuiles clergé ainsi que les bâtiments en bois utilisés pour les commerces à construire, se retrouvent tous sur le plateau individuel. Les cartes s’insèrent au haut ou au bas du plateau, sous celui-ci, permettant au joueur de voir facilement les informations importantes de ses différentes cartes pour les bénéfices à recevoir.

Les composantes du jeu sont très bien réalisées. Les pièces de bois de la version de luxe (disponible lors de la campagne Kickstarter) sont superbes et améliorent beaucoup le visuel du jeu comparativement à la version de base. On apprécie la qualité supérieure du carton utilisé pour les plateaux individuels et les différentes pièces auquel nous a habitué Eagle Gryphon Games (The Gallerist et Empires: Age of Discovery). Les cartes sont également de bonne qualité. Finalement, le travail artistique et graphique de l’illustrateur Ian O’Toole est colossal!

La critique

Le point faible le plus marquant du jeu est certainement le placement initial. Il faut compter un bon 10 à 15 minutes de préparation pour placer toutes les pièces sur le plateau principale, les plateaux de joueurs, les cartes, etc. Par contre, ce point négatif est intimement lié au niveau de rejouabilité du jeu. Sur le plateau de jeu, des bonus sont illustrés dans chaque espace où les commerces seront éventuellement construits. Avec la version de luxe, des tuiles sont placées aléatoirement pour modifier les bonus qui seront acquis par les joueurs. De même, pas moins de 57 cubes de trois couleurs différentes, doivent être placés autour du plateau avant de débuter la partie. Ces cubes, représentant les débris répartis dans la ville suite au tremblement de terre (feu, eau et bâtiments détruits), seront inévitablement placés différemment à chaque partie. Alors malgré le fait que le temps de placement soit assez long, cela en vaut la peine si on considère la quantité de plateaux différents qui peuvent être générés. Chaque partie sera définitivement différente, et c’est une grande force de Lisboa.

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Crédit photo : Steff Thouin

Les pièces de monnaie en métal de la version de luxe sont superbes! Beaucoup mieux que les pièces en carton du jeu qui peuvent porter à confusion avec trois dénominations, représentées par un paquet de pièces regroupées. L’idée est bonne, mais en pratique, pas efficace au niveau visuel.

Les fans de Vital Lacerda (Vinhos, The Gallerist, Kanban) vont très certainement aimer Lisboa. Les mécaniques de jeu les plus efficaces de ses jeux précédents ont été réutilisées pour faire un nouveau jeu solide, et avec une rejouabilité sans pareil! Il faut toujours rester à l’affût des actions des autres joueurs durant la partie. Une fois qu’un joueur a réalisé son action en visitant un des trois nobles, les autres joueurs peuvent utiliser une tuile « faveur », leur permettant eux aussi de réaliser une action avec le même noble et ce, même si ce n’est pas leur tour officiel. Cette mécanique, également exploitée dans The Gallerist, permet de garder les temps morts au minimum et aide les joueurs à maximiser le développement de leur stratégie.

Malgré sa lourdeur (faut bien s’y attendre, c’est tout de même un jeu de Vital Lacerda), Lisboa contient un excellent livre de règles. Très bien illustré pour donner des exemples d’actions à réaliser. Il y a également quelques capsules historiques, relatant les événements liés à la reconstruction de la ville, donnant ainsi une meilleure idée de la place de l’histoire dans le déroulement du jeu. De plus, chaque joueur bénéficiera de l’apport d’un aide de jeu individuel de huit pages, contenant toutes les informations nécessaires aux actions à réaliser durant la partie.

Pour le joueur novice, des cartes avec des objectifs faciles à atteindre permettent de se familiariser avec les actions du jeu. Une carte est distribuée aléatoirement à chaque joueur en début de partie. La carte comporte une action à réaliser. Dès que le joueur l’a réalisée, il reçoit une nouvelle carte avec une action différente à accomplir. On apprécie fortement cette excellente initiative des créateurs du jeu rendant l’apprentissage du jeu beaucoup plus facile.

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Crédit photo : Steff Thouin

En fin de partie, le joueur qui aura récolté le plus de perruques (item de grande valeur à l’époque où le jeu se déroule) sera déclaré gagnant de la partie. Il y a sept façons différentes d’accumuler des points de victoire, qui seront comptabilisés à la fin de la partie. Il est donc possible pour chaque joueur d’avoir une stratégie complètement différente de son voisin pour tenter de remporter la partie.

Une partie de Lisboa se déroule en environ trois heures avec des joueurs expérimentés. Mais il ne faut pas se décourager! Ce sont trois heures bien remplies où les temps morts sont minimes. Les amateurs de The Gallerist et Kanban du même auteur seront sûrement conquis par Lisboa.

En boni : La variante solo

Lisboa comporte une variante solo développée par Julian Pombo, également co-développeur du mode solo pour CO2 Second Chance (présentement sur kickstarter) et développeur pour le jeu Escape Plan. À égalité avec Anachrony, Lisboa est probablement le jeu lourd qui comporte la meilleure variante solo compétitive que je connaisse; les joueurs ont vraiment l’impression d’affronter un adversaire virtuel. Les actions du joueur fictif (appelé Lacerda) sont les mêmes que pour le joueur solo. Bien que les actions de Lacerda soient prévisibles, le joueur pouvant prédire d’avance quelle action celui-ci effectuera lors de son prochain tour, le jeu en solo demeure un excellent défi. C’est aussi une bonne façon de se familiariser avec le jeu avant de l’essayer avec d’autres.

Non seulement faut-il battre Lacerda aux points, mais des objectifs doivent être complété par le joueur solo pour espérer s’attirer suffisamment de respect  de la noblesse locale. Bouffon, servant, favori du roi et bras-droit du marquis seront les titres accordés selon la performance du joueur solo

Lisboa est une excellente reproduction de la réalité; les joueurs ont vraiment l’impression de travailler à la reconstruction de la ville. De plus, le plateau est quasi identique à la vraie ville de Lisbonne, ce qui ajoute à l’immersion au jeu.

Verdict

Les plus

  • Profondeur du jeu et des actions à réaliser
  • Rejouabilité quasi incalculable
  • Esthétique et qualité de la présentation
  • Mode solo très efficace avec un bon défi à relever
  • Les cartes permettant aux joueurs novices de s’habituer aux actions

Les moins

  • Le temps nécessaire pour la mise en place
  • Sa lourdeur peut facilement décourager les joueurs moins expérimentés

Note finale 9.5 / 10