J’avançais à pas de loup le long du sentier étroit lorsqu’un cri effroyable me glaça le sang. La bête avait surgi de nulle part pour se planter derrière moi. Je n’avais droit qu’à un seul coup. Allais-je prendre ma fidèle hache ou lui envoyer une flèche ? Je me retournai subitement et je vis… mon partenaire de jeu, l’air renfrogné et la mine dégoûtée. « Alors, tu les lances ces dés ? Je n’ai pas toute la vie. » Je soupirai bruyamment.

Jouer seul, c’est choisir son jeu, y aller à son rythme, mais surtout laisser aller son imaginaire et se construire un petit monde éphémère, souvent le temps d’une heure ou deux un soir de semaine. Contrôler entièrement sa destinée sans autre interférence que celle des cartes ou des dés. Et quoi de mieux que l’univers de Tolkien et de Frodo et ses compagnons pour oublier la réalité environnante.

Le génial Seigneur des Anneaux JCE est un jeu de cartes évolutif créé en 2011 dont l’univers de base se situe entre Le Hobbit et La communauté de l’anneau. « Évolutif » signifie simplement que vous pouvez acheter des paquets de cartes préconstruits en plus du jeu de base pour multiplier les possibilités de vos parties, tout en connaissant exactement le contenu des paquets (contrairement aux jeux de cartes à collectionner, qui vous offrent un contenu totalement aléatoire et souvent frustrant). Toutefois, entre vous et moi, en achetant simplement la grosse boîte de base, vous en avez pour un bout avant de finir toutes les missions.

Aidée par de superbes illustrations au style vieillot, la mécanique du jeu est simple et immersive. Vous choisissez une mission (débarrasser la forêt de vilains trolls, aller porter une missive à un puissant roi, escorter un aigle blessé), puis vous embarquez votre équipe (déjà préparée pour les débutants ou personnalisée pour les experts) vers l’aventure. Quoi de plus jouissif que d’envoyer Glorfindel combattre une araignée géante ou Théodred protéger ses troupes? Les décisions sont nombreuses et déchirantes, puisque vous devez décider à la fois des personnages à envoyer en quête, qui vous feront approcher de votre objectif et ceux qui devront se défendre et combattre ; la nervosité est palpable lorsque vous retournez les cartes de la pile ennemie. Orcs ? Cavaliers noirs ? Horreur indicible ? Qui sait. Avec un soupçon de construction de main, il vous faudra bâtir votre tableau avec intelligence et bien gérer vos ressources pour pouvoir acheter alliés et armes dévastatrices.

Un excellent jeu solo qui demande quelques parties avant de décortiquer ses multiples détails, mais qui devient rapidement fluide par la suite. Pour ceux qui se débrouillent en anglais, je vous recommande ce site, dont l’auteur effectue une revue critique de tout ce qui s’est produit dans l’univers du jeu et offre d’excellents conseils à tous les joueurs débutants.