En réponse au texte « Les jeux vidéo sont-ils un sport? » publié par Mme Lise Ravary sur le site du Journal de Montréal, notre rédacteur eSport Guillaume Lavoie en avait long à dire sur le sujet.

Chère Mme. Ravary,

Je comprends que le concept de sports électroniques peut vous sembler saugrenu de prime abord, voire complètement négatif. D’abord, j’aimerais prendre le temps d’exprimer ma compassion sincère concernant la situation du jeune homme de votre entourage qui semble avoir pris de mauvaises habitudes de vie. Je vous invite, toutefois, à vous interroger sur la cause de sa dépendance apparente aux jeux vidéo et de son besoin évident de s’évader de sa vie « normale » au profit d’une vie « virtuelle ». Certaines personnes choisissent la drogue, l’alcool ou même les médicaments pour s’évader de leur vie lorsqu’ils sont tourmentés. Certaines personnes tombent dans « l’enfer » des jeux vidéo. Admettons, tout de même, que l’une de ces options est une porte de sortie un peu plus invitante – parce qu’il me semble que c’est ce qui transparaît ici : Le jeu semble être la «porte de sortie» de Fiston plutôt que la source fondamentale du problème. Les jeux vidéo, comme beaucoup de choses dans la vie, sont souvent à leur meilleur lorsque consommés avec modération. La grande majorité des amateurs de jeux vidéo vous diront certainement la même chose, incluant ceux qui s’adonnent au sport électronique. Ceci dit, je ne m’égarerai pas dans la psychanalyse de « Fiston », pour laquelle je ne suis absolument pas qualifié. J’aimerais toutefois vous partager mon expérience personnelle. On a déjà dit la même chose de moi, alors que j’étais tout-à-fait capable de passer des nuits blanches devant l’écran à jouer : « Je suis tanné que tu passes ta vie là-dessus !! » ou encore « Vas-tu juste faire ça de ta vie, de l’écran? ».

Notez que je suis aujourd’hui un adulte respectable et instruit, père de deux petites filles qui aiment aussi les jeux vidéo et qui, bien sûr, ont des limites de temps imposées par leur père sur la télévision et les jeux – limites qu’elles vont briser dès qu’elles seront en âge de me tenir tête, j’en suis persuadé. Ce que j’essaie de vous dire, en fait, c’est que si un jeune a besoin d’aide, que ses résultats scolaires sont en chute libre, qu’il présente des symptômes d’isolement, de dépression, de détresse, et que la famille ne sait plus quoi faire, des ressources existent pour aider à gérer une dépendance – peu importe la dépendance.  Dans certains autres cas, on parlera d’une phase, d’un creux de vague, et le jeune gamer trouvera son chemin vers l’âge adulte comme tous les autres. Plus souvent qu’autrement, les jeunes gamers devenus adultes (tout comme moi), diront que les jeux vidéo ont été d’une grande importance et d’une grande aide au fil de leurs années d’adolescences. Encore aujourd’hui, plus d’une décennie plus tard, certains de mes meilleurs amis sont des gens que j’ai connu en ligne.

Et si, comme société, nous prenions quelques instants pour voir le jeu vidéo comme quelque chose de stimulant, de passionnant? Je dis : considérons cette activité, ce passe-temps, cette passion pour tout ce qu’elle peut être et non seulement pour les effets négatifs qui peuvent découler de l’abus d’une telle activité.

Mais tout ça nous éloigne du sujet principal. Soyons clairs : Non, le sport électronique ne prétend pas être un sport conventionnel – vous avez votre réponse – c’est simplement une appellation qui réfère à un concept connu, le sport, pour décrire un mouvement compétitif de haut niveau impliquant les jeux vidéo. Je ne ferai pas la description du sport électronique ici : j’assume que vous avez entre les mains toutes les ressources nécessaires pour vous informer à ce sujet. Je vous invite à le faire, vous et votre entourage, et peut-être pourrez-vous découvrir ce qui passionne « Fiston » et ainsi mettre le pied dans une avenue qui pourra éventuellement vous unir et établir un lien de confiance entre vous et lui. Parce que vivre et comprendre ce qui passionne et motive un jeune, c’est bien plus important que de savoir jusqu’à quelle heure il a joué la veille.

Vous l’avez dit vous-même : « Fiston » est intelligent. Imaginez maintenant qu’un « Fiston » s’inscrive à un programme où il pourra échanger en personne avec des gens qui partagent ses intérêts, dans un cadre académique construit pour combiner le jeu en ligne avec le reste de l’apprentissage conventionnel, en plus d’y intégrer des éléments d’activités physiques obligatoires (parce que personne ne nie que c’est absolument nécessaire à l’équilibre d’un être humain – il ne faut pas mélanger les sujets, ici). Il me semble qu’on tient quelque chose, non seulement pour garder des jeunes sur les bancs d’école, mais aussi peut-être pour en ramener qui ont déjà quitté. Qu’on se serve des jeux vidéo comme motivation, comme vecteur d’intégration, pour propulser des jeunes qui croient en leur potentiel au sein des jeux vidéo compétitifs tout en les accompagnant dans des études dont ils auront besoin des années plus tard…je trouve que c’est une idée intéressante, qui mérite à tout le moins le bénéfice du doute, voire un certain support de votre génération (et je dis cela avec tout le respect que je vous dois).

Par expérience, effectivement, il s’avère que le traitement que l’on réserve aux jeux vidéo dépend de la génération à laquelle nous appartenons. La technologie progresse à une vitesse exponentielle et je fais partie des gens qui croient fermement que plus jamais il n’y aura de cassure entre les générations causée par des innovations technologiques, du moins, jamais des cassures de l’ordre de celles que l’avènement de la télévision, d’Internet et des téléphones intelligents nous a déjà amené. La technologie évoluera tellement au cours d’une seule génération que les gens de tous âges s’uniront sous une même vague technologique continuelle et vivront les mêmes courants, en même temps, de façon uniforme. Le sport électronique, je crois, est l’un de ces courants. Du moins, c’est ce que je me dis lorsque je vois ma fille de 8 ans, les yeux écarquillés, écouter religieusement son père commenter le déroulement d’une partie de Rocket League ou ma fille de 4 ans s’amuser avec sa mère à Mario Kart en lui racontant sa journée à la garderie.

Faisons des jeux vidéo quelque chose de positif. C’est un outil qui est juste là, devant nous. Servons nous-en pour unir les générations, pas pour les diviser.

En terminant, je vous invite cordialement à prendre contact avec l’équipe de la Fédération Québécoise de Sports Électroniques si jamais vous désirez vous informer sur le sujet. Ce sont des vétérans de la scène québécoise, avec qui j’ai eu la chance de travailler à plusieurs reprises au cours de ma carrière de commentateur et de copropriétaire d’équipe. J’ai confiance que ce sera un investissement de temps tout à fait pertinent.

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