Critique – Edge of Eternity

Antoine Clerc-Renaud - 11 Fév. 2022 23h18

Edge of Eternity fait mal aux yeux

Après une période d’accès anticipé sur Steam, Edge of Eternity est enfin disponible sur toutes les consoles modernes. Il est également disponible sur Xbox Game Pass. Financé via Kickstarter en 2015 alors que la PS4 et la Xbox One n’en étaient qu’à leur début, ce jeu du studio français Midgar Studio aurait mérité plus de temps pour des finitions.

C’est en effet ce qui frappe d’entrée de jeu, c’est cru. Si les décors sont beaux, les personnages quant à eux sont horribles. Ils manquent d’âme et paraissent tout maigrichons alors que ce sont censés être des soldats entraînés. De plus, les animations ne sont clairement pas finies. Je comprends l’urgence de sortir un jeu mais à ce niveau d’ambition, autant se donner les moyens. On se console en se disant que le rachat récent par Nacon leur permettra d’avoir les bonnes ressources.

Crédits : QuasymodoXbox

Je comprends que c’est un jeu développé avec le cœur et les tripes, ça se sent. Mais le résultat n’est clairement pas à la hauteur de la hype générée. Le titre de Midgar aurait nécessité, à mon humble avis, au moins un an de plus de développement histoire de mettre les finitions, d’arranger les visages des personnages et de tester le jeu proprement. Car au prix où il coûte (47,99 $ sur PlayStation et 33,99 $ sur Xbox), il est impossible de le recommander à quiconque.

Par ailleurs le choix du photoréalisme pour une équipe aussi réduite était une erreur. Si les studios AAA ont déjà du mal avec ce procédé, il ne faut pas s’attendre à des miracles pour une aussi petite organisation. Edge of Eternity est une allégorie parfaite de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf.

Un scénario? Où ça?

Je ne parle même pas de l’histoire tant elle n’a aucun sens. On comprend vaguement que la guerre fait rage entre les habitants d’une planète qui en est au Moyen-Âge de son stade d’évolution et de mystérieux voyageurs de l’espace disposant de moyens bien plus avancés donc. Ces derniers leur avaient prêté leur technologie avant de la reprendre sans raison apparente et de les attaquer ensuite.

Plutôt qu’une aventure au long cours, cette prémisse m’inspire plutôt deux bambins dans un bac à sable en train de jouer. L’un prête un jouet à l’autre avant de lui reprendre et de lui tirer les cheveux. C’est puéril.

Pis, et désolé je vais spoiler, mais on découvre plusieurs personnages au début du jeu, mais seul le héros survit au prologue. Les trois autres meurent, assez bêtement en plus. Mais on ne les connait pas. On sait qu’ils sont amis mais pas plus. Alors oui, c’est la guerre, c’est cru, c’est dur. Mais on est loin, très loin de Game of Thrones.

Crédits : QuasymodoXbox

Par ailleurs, comme il s’agit d’un JRPG et que l’option est proposée, j’ai choisi de mettre les dialogues en japonais. Faute grave de ma part. La synchronisation labiale n’est ni faite, ni à faire. Déjà que j’ai dû me forcer à regarder ces personnages au regard vide, j’ai pu constater avec horreur que rien n’allait. Trop souvent le dialogue continue alors que la bouche ne bouge plus. C’est un détail certes mais on vise le photoréalisme alors il faut assumer.

Ou alors, on peut aussi oublier les doublages. Ce n’est pas une tare. Regardez Pokémon Legends Arceus. Il n’a pas besoin de voix pour nous faire ressentir des émotions. Et les bruitages des Pokémon viennent de la Game Boy, c’est dire si la parole est utile. L’imitation, c’est bien, l’hommage, c’est bien mais il ne faut pas trop en vouloir non plus.

Un certain potentiel

Mais tout n’est pas à jeter dans Edge of Eternity. Si les modèles des personnages nous ramènent plutôt en début de vie de la PS3 et de la Xbox 360, le système de jeu, lui, est plutôt ingénieux.

En effet, les combats mêlent JRPG et TRPG, un peu comme Live A Live si on veut. Dans Edge of Eternity, chaque participant (protagoniste comme antagoniste) a une barre d’ATB (oui Active Time Battle, celle-là même inventée Hiroyuki Ito pour Final Fantasy IV) qui se charge.

Une fois pleine on peut rentrer les commandes. La gâchette de droite nous donne accès à l’attaque, au déplacement et à la fuite, tandis que la gâchette de gauche ouvre les portes de la magie et des coups spéciaux.

Ce qui est intéressant c’est qu’on peut donc se déplacer sur l’aire de combat. Puis, si on assène un coup à l’ennemi alors qu’il nous tourne le dos, les dégâts augmentent!

Par ailleurs, les sorts demandent à être chargés également à la manière de Final Fantasy IV par exemple. La barre d’ATB prend une couleur rouge et il faut attendre qu’elle se remplisse avant que de pouvoir lancer le sort en question. C’est aussi valable pour les ennemis.

On peut d’ailleurs interrompre leur attaque spéciale ou magie si on parvient à vider une jauge située sous leur barre de vie. Ça prend un peu du temps mais ça fonctionne.

Il nous est également possible d’interagir avec certains éléments du décor comme une arbalète toujours en plan sur le champ de bataille. On peut alors faire de gros dégâts sur les ennemis.

La bande son, l’autre point fort d’Edge of Eternity

L’argument d’Edge of Eternity, le nom propre qui l’a fait sortir du lot, c’est celui de son co-compositeur : Yasunori Mitsuda. Si vous ne savez pas qui c’est, premièrement shame on you. Deuxièmement, il s’agit d’un des compositeurs les plus talentueux du monde : Chrono Trigger, Chrono Cross, Xenogears, ou encore Inazuma Eleven. Excusez du peu.

La bande son qu’il co-signe avec Cedric Menendez de Midgar Studio est tout simplement superbe. Sur ce point, je ne peux que féliciter cette petite structure pour un aussi grand travail. Mais je ne peux que me questionner sur la part du budget qui est parti dans les honoraires de Mitsuda car j’imagine que ce n’est pas donné.

Profitez d’autres titres à la place

Comme on peut le constater, Edge of Eternity a quelques arguments qui jouent en sa faveur mais c’est trop peu pour un jeu entre 30 et 50 $. De plus, il se trouve qu’il y a des soldes en ce moment sur le PSN. Voici ce qu’on peut trouver au hasard et qui vous satisfera plus :

Et sur Xbox :

  • Disco Elysium The Final Cut 33,79 $
  • Cris Tales (dans le même genre et un peu mieux, en tout cas plus joli) 24,99 $
  • Mafia Trilogy 39,99 $
  • Code Vein 15,99 $
  • 3 mois de Xbox Game Pass 35,99 $

Bref vous avez compris, il y a mieux qu’Edge of Eternity. De plus, en terminant d’écrire cette critique, je découvre que les joueurs ont découvert un bogue bloquant sur Xbox Series S et Xbox Series X. Oh boy… Pour les plus téméraires et ceux qui s’ennuient. Sinon regardez plus ou refaites-vous Final Fantasy VII à X pour une énième fois.

Verdict

Les plus

  • La musique
  • Les décors
  • Le système de combat

Les moins

  • Les modèles des personnages en décalage avec les décors
  • Les visages
  • Les animations
  • L’absence de synchronisation labiale
  • L’absence de scénario
  • Un monde ouvert vide, si vide

Note finale

3 / 10